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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Speed, une leçon de mise en scène signée Jan De Bont

Publié le 14 Mai 2021 par Romain Jankowski in analyses

Résumer SPEED est simple, l'analyser l'est moins. Jan de Bont, en 1994, orchestre une course contre la montre démente qui s'étend sur près de deux heures à un rythme qui met une sacrée gifle à de nombreux blockbusters. 

Indéniablement, il y a un sens du récit aiguisé dans ce film, concocté par le scénariste Graham Yost (Joss Whedon fut noté comme non crédité). Sans cette rigueur, le film tombe à plat. Ici, c'est l'histoire qui domine l'action, pas l'inverse. Les rebondissements sont savamment dosés, offrant aux spectateurs un intense spectacle qui regorge de surprises. Tendue et nerveuse, la première séquence est une note d'intention du film tout entier. Des personnes sont en danger, coincées dans un ascenseur où le terroriste (remarquable Dennis Hopper qui injecte de la profondeur à son personnage archétypal) a mis en place un piège redoutable. La caméra plonge alors avec l'officier Jack Traven et le détective Harold Temple, interprétés par Keanu Reeves et Jeff Daniels, dans l'étroit décor. En quelques minutes, le plan est déjà solidifié, les bases sont plantées : ce film d'action ne sera pas comme tous les autres.

Inspiré du film de Jun'ya Sato, SUPER EXPRESS 109, sorti en 1975, SPEED déroule ensuite son plan sans accroc. Dès le bus lancé, le montage se resserre et décide de ne plus lâcher le spectateur qui regarde bouche bée les séquences haletantes s'enchaîner. Tout est fluide dans cette démonstration technique, des noeuds dramatiques exposés (comment faire déjouer un antagoniste capable de tout contrôler ?) aux idées brillantes d'obstacles imposés par le parcours du bus (entre virages serrés et circulation de mise) en

passant par la caractérisation efficace des personnages. Même quand l'action dépasse les limites du possibles, un ancrage émotionnel permet de rester connecter à l'histoire.  

Plus de vingt-sept ans après sa sortie, SPEED est aujourd'hui un emblème du film d'action, un exemple à suivre. Quand les blockbusters sont aujourd'hui de très longues productions qui ont bien du mal à resserrer leurs enjeux, s'étendant sur certains détails largement dispensables. Rares ont été les films de genre aussi impressionnants (notamment dans leur façon de penser l'action), à l'exception de quelques productions sud-coréennes remarquablement pensées. Sorti durant l'été 1994, SPEED a amassé plus de 350,4 millions de dollars de recettes mondiales tout en écoulant 2 403 508 tickets en France. Et dire que ce film n'a coûté que 30 millions...

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