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cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Signes, analyse et théories d'un grand film

Publié le 20 Juin 2021 par Romain Jankowski in analyses, Cycle M.Night Shyamalan

L'intrigue, elle, est connue et largement rebattue quand le film sort en 2002. Des crop circles , des extra terrestres, la fin du monde. La science-fiction s'inspire depuis des siècles de cette rencontre entre deux mondes. Mais SIGNES est différent car totalement anti-spectaculaire. Il privilégie les traumas de ces personnages, jouent sur nos peurs primitives (le noir et l'inconnu) pour mieux comprendre la psyché humaine. Cette impression de maîtrise totale se répercute dans l'ensemble du film. Shyamalan use de mouvements de caméra démentiels laissant toujours à vifs les nerfs des spectateurs.

Mais plus que la réalisation, c'est réellement les métaphores, les indices, interprétations, théories qui font que SIGNES est un exemple de grand cinéma, un puits sans fond d'intelligence et de vision. Largement inspiré par Hitchcock et Spielberg ( ce n'est pas une surprise ), Shyamalan a cette faculté de toujours remettre en question le point de vue de son film. L'exemple le plus probant est bien évidemment SIXIEME SENS avec son twist final historique mais SIGNES lui est éminemment supérieur. L'ambiguité est d'ailleurs démontré lors du dialogue Merill Hess ( Joaquin Phoenix) et Graham Hess ( Mel Gibson ). Ce dernier, pasteur qui a perdu la foi, lui explique que seul deux chemins sont possibles, celui qui croit à une force supérieur ou celui qui croit aux hasards donc l'un qui n'a pas peur, l'autre qui a peur. Le film est d'abord la seconde option car on est tout le temps en empathie avec le personnage du pasteur car c'est lui que l'on suit, lui qui a perdu sa femme et dont le désespoir se lit partout dans sa vie. Il ne veut pas "croire" avant la séquence finale, lorsqu'il repense aux dernières phrases de sa femme qui lui permette de sauver son garçon des mains des E.T. Alors on reconsidère nous aussi l'ensemble, la maladie des microbes dans l'eau de la petite fille, le talent de batteur du petit-frére, l'asthme du petit-garçon qui lui sauve apparemment la vie. Et le plus important, la foi revenue de Graham sans qui cette succession de signes permettant de vaincre l'alien ne serait pas venue. Le tout devient alors d'une logique implacable dés lors que l'on repère tous les "signes". Oui mais n'oublions pas que tout se joue justement sur l'interprétation. Certains auraient cru au hasard et auraient réagi sous la peur et l'adrénaline. Donc pour ces derniers, rien n'est divin.

La deuxième interprétation du film est plus mystérieuse mais reste toutafait plausible. On peut penser à une manipulation venant... de la télévision ! A notre époque où l'on est gavé d'informations (parfois peu informées) et prêt à stigmatiser n'importe quelle minorités à cause de certains événements, le film résonne totalement. La télévision que Graham qualifie de "lavage de cerveaux" insiste sur les témoignages terrifiés et les mouvements de panique. L' Homme n'aime pas les choses qu'il ne peut pas comprendre, c'est bien connu. On se met alors à la place des Hess, cette famille que l'on suit, donc on est forcément influencé en se disant que les aliens sont mauvais. Mais si c'était l'inverse ? S'ils étaient venus en paix ? Cette hypothèse est largement envisageable et Shyamalan n'a d'ailleurs jamais tranché. Rien ne nous prouve l'inverse. Oui, il y a ce fermier qui dit que l'on a enlevé sa famille. Mais une nouvelle fois par le biais de la télévision. Donc fausse info ? Et surtout on ne sait rien de ce que font les aliens ? Et puis il y a cette fin. L'extra-terrestre veut-il vraiment du mal à Morgan ? Pourtant, depuis leur présence, ils n'ont jamais attaqué la famille alors que, au vu de leur puissance, ils auraient largement pu les anéantir (comme dans la cave). Et puis, dernier "signe", Graham voit l'alien par reflet dans... la télé ! Vu le nombre de métaphore du film, celle-ci n'est pas hasardeuse. Elle relève de la part du réalisateur de poursuivre l'aura mystérieuse de son long-métrage. D'autant qu'il incarne lui-même le meurtrier involontaire de la femme de Graham, seul indien de l'intrigue, et qu'il appuie cette deuxième thèse: alors que tout le monde pensait qu'il était alcoolisé lorsque s'est produit l'accident, il était en vérité sobre et juste fatigué. Ne pas se fier aux apparences. Voilà la morale du chef-d'oeuvre de Shyamalan.

Signes, analyse et théories d'un grand film
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