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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

SHINING, QUAND STANLEY KUBRICK A TRAHI STEPHEN KING

Publié le 4 Avril 2021 par Romain Jankowski in analyses

L'un des plus grands romans de Stephen King adapté par l'un des plus grands réalisateurs de tous les temps, Stanley Kubrick. Une évidence et un chef d'oeuvre, forcément. Sauf pour un. L'auteur lui même...

"Ce film n'a rien à voir avec ce que j'ai écrit". Voilà les dures paroles de King envers le film. Malgré les qualités évidentes du long métrage, sa terreur sourde, l'incroyable jeu de Jack Nicholson, les plans admirables dont seul Kubrick avaient le secret, on ne peut que reconnaître que l'auteur dit vrai. Le livre apportait une image différente, plus viscérale. En 2014, il en rajoute une couche. "Le livre est chaud, le film est froid, le livre se termine en feu, le film dans la glace. Dans le livre, il y a un arc narratif où tu vois cet homme, Jack Torrance, essayer d'être bon, mais qui, petit à petit, va devenir fou. En ce qui me concerne, quand j'ai vu le film j'ai remarqué que Jack était dès la première scène... Tout ce qu'il fait c'est devenir encore plus fou alors que dans le livre, c'est un homme qui se bat avec sa santé mentale et finit par perdre les pédales. Pour moi c'est une tragédie, mais le film n'en est pas une car il n'y a pas de changement." Effectivement, les trajectoires sont dissemblables, mais une adaptation se doit aussi de faire des choix. On peut trouver ces paroles un peu sévères d'autant que certaines transpositions de ces bouquins sont plus franchement ratées. Peut-être parce que SHINING est considéré comme un chef-d'oeuvre ? Il ira jusque refaire sa version dans une mini-série qu'il réalisera lui-même et qui sera plus fidèle à son roman (mais pas meilleure). 

 Au delà de cette polémique où King admet tout de même que c'est un "bon film", le véritable atout de ce qui est considéré comme l'un des films les plus terrifiants de l'Histoire est sa réalisation plastique. Les travellings vertigineux dans le dédale de couloirs plus flippant les uns que les autres, la fameuse utilisation de la steadycam ( pas encore totalement démocratisée à l'époque mais que le cinéaste avait déjà utilisé dans son sublime BARRY LINDON) avec cette scène devenue mythique où l'on voit le jeune Danny de dos à bord de son tricycle, le huis clos oppressant, la folie déchaînée de Nicholson qui atteint son paroxysme dans la séquence finale qui se déroule à l'extérieur dans un... labyrinthe. Il n'y a pas une seule minute où l'on ne prend pas une claque par telle ou telle image. A l'image de ses autres chef d'oeuvres comme ORANGE MECANIQUE ou encore 2001, L'ODYSSEE DE L'ESPACE, le cinéaste frappe par sa rigueur exceptionnelle, son montage parfait et ses métaphores. Il en profite également pour glisser quelques messages sous entendus pour alimenter les sources à rumeurs. L'un des pulls de Danny, par exemple, représente la fusée Apollo 11, la même qui a décollé pour la lune en 1969. Hors, comme vous le savez sûrement, une rumeur persistante en son temps faisait état d'une machination des USA et que c'était Kubrick lui-même qui avait réalisé la séquence !

Redoutable homme d'image, révolutionnaire de son temps, tous les superlatifs conviennent à Kubrick qui n'a pas de films "tâches" dans son cv. Critiqué parfois violemment en France par les têtes de la Nouvelle Vague qui lui reproche un cinéma sur-esthétisant, il est pourtant adoré des cinéphiles et personne aujourd'hui n'oserait contester son oeuvre. Quand il sort SHINING en 1980, issu d'un genre qu'il n'aime guère au passage, sa réputation n'est plus à faire et le film va bien marcher. Mais son statut de culte, comme souvent, s'amplifiera avec les années. Il est désormais un vrai objet de fascination pour les accros du cinéma, étant encore capable de déchaîner les passions, les questions et les débats. Qu'est-il arrivé à Danny dans la chambre 237 ? Que signifie le dernier plan du film, cette photo datant de 1921 où l'on reconnaît Jack Nicholson ?

Emballé dans un scénario implacable, SHINING est une quasi-perfection cinématographique. Jack Nicholson y trouvera l'un de ses meilleurs rôles et le cinéma d'horreur l'une de ses lettres de noblesses.

SHINING, QUAND STANLEY KUBRICK A TRAHI STEPHEN KING
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