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cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de NOMADLAND

Publié le 13 Juin 2021 par Romain Jankowski in critiques

Auréolé de l'oscar du meilleur film, le nouveau long-métrage de Chloé Zhao arrive avec son aura et son actrice, Frances McDormand, qui a elle aussi remporté un oscar pour sa prestation. 

On y suit donc Fern, qui, après l'effondrement économique de la cité ouvrière où elle vivait, décide de prendre la route à bord de son van aménagé et d'adopter une vie de nomade des temps modernes, en rupture avec les standards de la société actuelle. Le spectateur est alors pris dans le quotidien de cette femme qui ne se laisse pas approcher facilement, possédant une psychologie parfois énigmatique, parfois sensible. Qui est Fern ? Pourquoi rejette-t-elle toute attache ? Son van est désormais son lieu de vie, cet endroit où son monde se construit et où celui d'hier n'est jamais loin (la porcelaine de son père, précieux souvenir qu'elle garde avec beaucoup d'amour). Fern est aussi attachante que distante et McDormand transmet ces deux oppositions avec l'aisance qu'on lui connaît. Face à elle, des comédiens amateurs (de vrais nomades) et d'autres confirmés (comme l'excellent David Strathairn) qui représentent autant d'histoires. Chloé Zhao pose sa caméra sur eux, se passionne pour leurs anecdotes, leurs leçons de vie. Puis, d'un plan à l'autre, ils disparaissent, au gré des saisons et des humeurs. Alors Fern trouve d'autres naufragés et crée de nouveaux liens. 

La direction artistique est superbe, certains plans sublimant des décors isolés et parfois grandioses. Seulement, le sublime n'existe pas dans NOMADLAND, il est à l'arrière-plan, loin de la représentation sous forme de carte postale d'une Amérique qu'on ne voit jamais ou rarement. On sent la cinéaste tellement sincère dans sa démarche que ses partis pris sautent aux yeux, comme autant d'éléments à prendre en compte lors de la fin de séance. On ne s'est pas rendu compte, mais la force du récit nous aura frappé par sa délicatesse, sa pureté. Malgré ses imperfections et ses longueurs, NOMADLAND reste un film intime,

une oeuvre qui se dévoile peu et qui tend la main à tous ces gens laissés sur le bord de la route. Dans son précédent film, THE RIDER, la cinéaste peignait le portrait d'un cow-boy qui ne peut plus chevaucher et qui reste ancré dans sa petite ville où il a grandi, incapable de trouver une autre issue à la fatalité de son destin. Ici, à l'inverse, ces personnes fuient le monde et la sédentarité, parlent de leur vie comme d'une illusion qui s'est terminée à cause d'un capitalisme omniprésent. Dans le fond, le récit ne suit aucun véritablement cheminement et se repose pas sur des noeuds dramatiques classiques. Non, c'est une véritable virée dans un royaume désenchanté où règne une humanité débordante car c'est finalement ça le plus important : garder ce lien social qui nous rattache à la société et au monde. 

 

AVIS GLOBAL : Un très beau film sur des laissés pour compte qui nous tend un miroir sur ces invisibles de l'Amérique profonde. Chloé Zhao déborde d'humanité tout en sublimant à l'écran la fabuleuse Frances McDormand. 

NOTE : 15 / 20

 

NOMADLAND  1h48

Un film réalisé par Chloé Zhao

Avec Frances McDormand, David Strathairn, Charlene Swankie, Patricia Grier.

Actuellement au cinéma. 

 

 

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