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cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Ne m'envoyez pas de fleurs, dernier tour de piste pour Doris Day et Rock Hudson

Publié le 10 Mai 2021 par Romain Jankowski in dossiers, Doris Day

Après CONFIDENCES SUR L'OREILLER et UN PYJAMA POUR DEUX, le duo Doris Day - Rock Hudson est une nouvelle fois rassemblé pour une ultime histoire qui tranche radicalement avec les deux précédents. 

Exit la dynamique du séducteur prêt à tout pour conquérir le coeur de sa meilleure ennemie en se faisant passer pour quelqu'un d'autre. Dans NE M'ENVOYEZ PAS DE FLEURS, on peut presque s'imaginer que c'est la continuité du couple qui découvre les joies du mariage dans une maison de banlieue chic et représentative d'un certain esprit de rêve américain. Nous sommes en 1964 et le contexte politique est sur le point d'être secoué. Réalisé par l'excellent Norman Jewison (qui réalisera plus tard LE KID DE CINCINNATI et L'AFFAIRE THOMAS CROWN), ce nouveau film décide donc d'unir Doris Day et Rock Hudson en intégrant au second un mal incurable : celui d'être hypocondriaque. Suite à une habile confusion, il se pense condamné. Il décide alors de trouver un nouveau compagnon à sa future veuve. 

La déception des spectateurs à l'époque de la sortie est palpable et il est aisé de comprendre pourquoi. Malgré la drôlerie du long-métrage (la séquence du rendez-vous chez les pompes funèbres est formidable avec une mention spéciale au génial Paul Lynde), on a du mal de retrouver ce qui a fait le sel des deux deux précédents volets. Pourtant, NE M'ENVOYEZ PAS DE FLEURS trouve une justesse étonnante aujourd'hui et se révèle bien plus amère qu'à l'époque. L'idée de changer de décor et d'histoire offre une vraie embellie à l'ensemble. En effet, il y a une véritable volonté d'aborder un autre point de vue, mettant alors en scène un duo d'acteurs toujours aussi complémentaire. Cette fois, Rock Hudson ne joue pas le sempiternel séducteur et doit incarner un homme se croyant malade. Sa prestation contraste largement avec les précédentes et détonne dans quelques séquences écrites avec un esprit satirique du plus bel effet. Doris Day, elle, est une femme au foyer dépendante de son mari. Une vision archaïque et plus simpliste qu'elle n'y paraît. Si elle est effectivement

engoncée dans ce confort, c'est la seule personne perspicace du récit, la seule à relever constamment la tête devant des hommes qui s'apitoient sur leur sort. Même le troisième larron, le toujours excellent Tony Randall, se noie constamment dans l'alcool en ruminant encore et encore.

Une virilité qui est donc mise à mal, secouée par une époque qui s'éloigne de la guerre et qui est prête à se lancer dans un nouveau massacre avec la guerre du Vietnam (dont l'intervention massive des Etats-Unis n'interviendra qu'en 1965). Les hommes sont perdus, dépressifs face cette vie qui s'ouvre devant eux. NE M'ENVOYEZ PAS DE FLEURS met à mal cette image proprette et idéale vendue par les compagnies publicitaires d'une vie en banlieue. La déconstruction du mythe s'affiche. Un parti pris étonnant qui a probablement dérouté le spectateur de l'époque alors que le rythme enlevé du film est des plus plaisants. Malgré son succès (125 millions de dollars de recettes avec prise en compte de l'inflation), UNIVERSAL ne réunira plus Doris Day et Rock Hudson devant la caméra. Il nous reste ces images en tête, celle d'un couple de cinéma hors normes, lumineux et impertinent qui fait aujourd'hui partie d'une mémoire cinéphile inextinguible. Le redécouvrir (ou le découvrir, c'est selon), c'est replonger dans une époque où les grandes stars étaient capables de rire de tout, y compris d'eux-mêmes. 

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