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cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

JUSTICE LEAGUE, L'HISTOIRE D'UN NAUFRAGE SUPER-HEROÏQUE

Publié le 9 Mars 2021 par Romain Jankowski in analyses

Après le biblique MAN OF STEEL, l'opératique BATMAN V SUPERMAN, le crétinisme rigolo (ou pas) de SUICIDE SQUAD et la puissance guerrière de WONDER WOMAN, le DC UNIVERSE devait trouver sa première apogée avec JUSTICE LEAGUE, événement tellement repoussé au fil des années que sa seule existence fut un véritable fantasme devenant enfin réalité. 

A l'époque de sa sortie, en novembre 2017, impossible de ne pas en sortir abattu. Une déception sans nom qui nuit gravement à cette méga-réunion historique. On sentait que les nombreux problèmes de production (Snyder qui s'en va, Joss Whedon qui prend la relève, l'humour injecté de force par le studio, les nombreux reshoots à quelques semaines de la sortie) allaient forcément entacher cette réunion au sommet. Peut-être pas à ce point là. Que propose vraiment JUSTICE LEAGUE ? On ne sait pas précisément tant il s'avère coincé entre les visions cauchemardesques et noires de Zack Snyder (celles que l'on aurait voulu voir et que l'on verra bientôt) et les suppléments plus soft et humoristiques de Whedon, imposés par le studio. On sent ce déséquilibre à peu près partout, tant au niveau des personnages que de l'intrigue voire de l'aspect visuel complètement bâclé. On s'étonne de voir certains effets spéciaux aussi atroces (cet antagoniste franchement, encore pire que la sorcière de SUICIDE SQUAD...) entachés par une post-production totalement chaotique. On a cette désagréable impression de voir une version non finalisée. 

Qu'on aime ou pas le style Snyder, il avait au moins le mérite de proposer quelque chose tant au niveau thématique que plastique. Il désirait amener ses personnages vers des points de vues plus sombres et tendait son approche dramaturgique vers une critique d'un système corrompu. Il questionnait ainsi la délicate place du super-héros dans la société et ouvraient des portes très intéressantes (et prometteuses). Plus

dramatique encore la vision de Patty Jenkins avec WONDER WOMAN qui montrait la soif de violence des Hommes. Ici, hormis quelques phrases banales ("les Hommes ne font que détruire"), rien n'est abordé. C'est juste une récréation déconnectée d'un peu tout ce qui faisait le sel de l'univers DC, blindée d'humour franchement pauvre (Flash en est presque insupportable) qui ne correspond pas à ce que l'on nous montre à l'écran. Deux films en un, voilà ce qu'est JUSTICE LEAGUE. Puis le scénario s'avère souvent trop incohérent, parfois ridicule (la résurrection de Superman, moment gênant) et hâtif (le commissaire Gordon est tout juste effleuré, la menace semble peu pesante sur le monde). 

Sous ces nombreux défauts, se cache forcément le film dont on rêvait, hanté par la puissance graphique de l'enfer sur Terre, celle que Snyder désirait. La fin, apocalyptique, ne soulève rien alors qu'elle aurait dû être un immense climax. Le casting est lui aussi inégal. Jason Momoa, lui, est impressionnant et a prouvé la puissance de son charisme dans le délirant AQUAMAN de James Wan, l'année suivante. En revanche on est plus réservé sur Flash incarné par un Ezra Miller qui en fait des tonnes et un Ray Fisher convaincant mais dont le Cyborg n'est pas encore bien abouti. Gal Gadot et Ben Affleck font le job, sans forcer, même si l'interprète de Bruce Wayne donne parfois l'impression d'être absent. Quelques séquences sont sympathiques (celle de Gotham, le sauvetage de Wonder Woman, quelques mano a mano, belle bataille dans le tunnel), mais le sentiment de déception demeure, pendant et bien après la séance... Le flop total du film (public et critique) est mérité. 

Forcément, la version de Zack Snyder est attendue comme le messie. Trop ? C'est bien possible. Mais il faut tout de même admettre que la promesse est alléchante et que le sens de la démesure chère au réalisateur pourrait faire mouche. D'autant qu'il a 4 heures pour prouver au monde entier que JUSTICE LEAGUE devait bel et bien être une réussite. Réponse le 18 mars prochain.  

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