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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Every Breath You Take, un couple face au deuil

Publié le 1 Juin 2021 par Romain Jankowski in analyses

Porté par un trio d'acteurs épatant composé de Casey Affleck, Michelle Monaghan et Sam Claflin, EVERY BREATH YOU TAKE tente, par le biais du thriller, de construire son intrigue sur le deuil d'un couple qui fut frapper par la mort d'un enfant. Malgré les imperfections du style (le scénario ne parvient que rarement à surprendre), la pertinence du propos emporte l'adhésion grâce à une mise en scène soignée et un développement des thématiques plutôt bien élaboré. 

Dès la scène d'introduction, le drame frappe fort, de manière foudroyante. Le petit Evan meurt d'un accident de la route, sa mère se trouvant derrière le volant. L'ellipse est brutale, les visages sont abattus. Des années ont passé et on retrouve Grace (Monaghan) chez elle, en train de se baigner dans une piscine bien trop grande. D'ailleurs, le décor tout entier, fait d'espace et de pureté, semble isoler ses personnages aux yeux du monde et aux yeux de chacun. Son mari et père d'Evan, Philipp, erre sans but et travaille d'arrache-pied pour éviter soigneusement de se confronter à la souffrance contenue dans son domicile. Le troisième personnage s'appelle Lucy (interprétée par India Eisley), le fille de Philipp, une jeune femme qui se cherche. Elle est spectatrice de ce désert émotionnel et de l'absence d'un père qui regarde par sa fenêtre, au loin, sans pour autant penser à ce qu'il a devant les yeux. Vaughn Stein sait diriger ses acteurs, indéniablement. Il avait déjà tourné avec Simon Pegg et Connie Nielsen dans BLOODLINE, mais également Margot Robbie pour TERMINAL (les deux films sont disponible sur Amazon Prime Video). Avec Casey Affleck et Michelle Monaghan, il peut explorer, sans dialogue forcé, les différentes étapes du deuil, même si ces derniers se sont solidifiés autour d'un tronc commun : l'apathie. 

Il faudra dès lors le personnage incarné par Claflin pour secouer cette famille en plein déséquilibre émotionnel. Le frère d'une patiente chère à Philipp apparaît dans leur vie suite au suicide de cette dernière. Plus sombre, plus soutenu, le récit intensifie son propos et plonge dans une forme de psychologie, plus abrupte et moins endeuillée. Cet homme est forcément étrange, lui aussi rempli de traumas qui tapissent dans l'ombre de son sourire charmeur. Son but est clair et l'ambiguïté ne tient pas longtemps, malheureusement. Là où EVERY BREATH YOU TAKE tente d'offrir de la substance à cet antagoniste, il laisse peu à peu le mystère s'échapper. C'est en déroulant l'intrigue de Lucy que le film parvient à rebondir. Cet homme qu'elle regarde avec insistance représente la liberté, l'échappatoire à un quotidien devenu trop lourd à porter. Peu à peu, c'est le père qui commence à prendre conscience de la situation. Sa peine transparaît, la carapace se fond et Casey Affleck lui apporte tout son talent afin de retranscrire parfaitement son affliction. La séquence où il se livre à sa femme est d'ailleurs la plus réussie du long-métrage. 

Sous couvert d'un genre qui lui ouvre les portes du grand public, EVERY BREATH YOU TAKE parle de thèmes plus profonds avec lesquels le scénario entretient d'étroits liens, y compris visuellement (je pense notamment à ces champs/contre-champs sur deux personnages dans deux situations différentes qui mettent en parallèle des émotions différentes). Le thérapeute (le père) suit alors lui-même une thérapie. C'est en se confrontant de nouveau à la mort qu'il parvient à revivre, se libérant d'une culpabilité devenue trop lourde à porter. 

EVERY BREATH YOU TAKE sort en VOD ce vendredi 4 juin.

Every Breath You Take, un couple face au deuil
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