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cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Brazil, le film fou de Terry Gilliam

Publié le 23 Juin 2021 par Romain Jankowski in Histoire du cinéma

Sorti en 1985, BRAZIL est pourtant d'une modernité encore plus troublante qu'à l'époque de sa sortie. Véritable bijou de mise en scène et d'écriture, il figure, encore et toujours, parmi les meilleurs films mis en scène par Terry Gilliam. 

 

On y suit Sam Lowry (génial Jonathan Pryce), fonctionnaire modèle d'une mégalopole étrange. Lowry a des problèmes avec sa mère et avec l'Etat, tout puissant. Pour couronner le tout, des songes bizarres l'entraînent chaque nuit sur les ailes d'Icare, à la recherche d'une jeune femme blonde, évanescente et inaccessible. Chaque fois qu'il est sur le point de l'atteindre, leurs trajectoires se séparent et le songe s'interrompt cruellement. Pourtant, une nuit, la belle Jill Layton (Kim Greist) entre dans sa vie. Par le biais d'une erreur dans la machinerie fantastique qui préside à l'organisation de la vie quotidienne des citoyens de cette ville étrange, l'Ordinateur suprême a désigné le brave Buttle à la place de l'escroc Tuttle (Robert de Niro), activement recherché. Après cet incident, Lowry, jusque là employé rampant, est promu au Service des Recherches. Ainsi se lance un film totalement fou qui aura conduit Terry Gilliam à entrer en guerre avec les pontes d'Universal qui désiraient absolument simplifier le propos et changer la fin. La résistance du cinéaste et sa malice (il acheta une page complète dans VARIETY en titrant "Cher Sid Sheinberg, quand allez-vous sortir mon film BRAZIL ?") auront eu gain de cause, mais il aura fallu passer par trois versions différentes pour que Gilliam trouve enfin le film qu'il avait toujours voulu mettre en scène.

 

Délire superbement orchestré de visions tragi-comiques où s'estompe la frontière entre cauchemar et réalité, BRAZIL évoque les univers plastiques de Jérôme Bosch et Edvard Munch ainsi que la sonorité d'un Stravinsky. Des influences qui n'écrasent pas le film, loin de là. Au contraires, elles le galvanisent et l'emmènent vers des hauteurs insoupçonnées. Gilliam s'emploie à provoquer l'émotion, le rire ou les larmes par les moyens les plus cinématographiques qui soient : l'image, le son et le montage. Sa caméra livre une véritable autopsie de la société par le biais de l'étrange et du bizarre, ce qui n'empêche pas le propos d'émerger avec une force considérable. Comme nombre de ses contemporains, le cinéaste ne soit plus possible de sauver un monde malade en changeant seulement l'idéologie qui le gouverne. C'est avec l'humour qu'il se fait entendre, lui qui fut un maître en la matière avec les prodigieux MONTY PYTHON. Même s'il s'avère désespéré ici, il remet en question l'ordre des choses. Terry Gilliam poursuivra ensuite sa carrière avec trois films inoubliables : LES AVENTURES DU BARON DE MÜNCHAUSEN, FISHER KING (avec un Robin Williams impérial) et le chef-d'oeuvre L'ARMEE DES 12 SINGES. 

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