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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

AU REVOIR LÀ-HAUT, la rencontre entre Albert Dupontel et Pierre Lemaître

Publié le 17 Avril 2021 par Romain Jankowski in analyses

En adaptant le roman fleuve et incroyablement dense de Pierre Lemaître, Albert Dupontel ne s'offrait pas un cadeau. S'il était impossible de retrouver la force de l'écrit, le cinéaste s'en sort avec les honneurs grâce à une mise en scène époustouflante. 

Oui, Dupontel sait filmer. On n'a pas attendu AU REVOIR LA-HAUT pour le confirmer, mais c'est la première fois que le budget (et le sujet) lui permet ces folies-là. Travellings à la maîtrise inouïe, idées de plans remarquables, soin chirurgical apporté à l'image, on en prend plein les yeux. La séquence guerrière des tranchées est grandiose. Sans parler des décors, eux aussi très bien travaillés. Mêlant sa force artistique au désir politique, Dupontel parvient à nous emmener dans son monde à lui et, étonnamment, ne perd pas sa folie même dans un texte qui ne lui appartient pas. 

Son burlesque et son goût de la fantaisie sont toujours là ce qui fait perdre à l'histoire de Lemaître toute sa densité thématique. Sur ce point, impossible d'être surpris tant le roman donne dans le détail d'après-guerre, de la non-considération des "gueules cassées" jusqu'aux arnaqueurs fourbes et sans pitié. Ces derniers sont symbolisés par Pradelle (excellent Laurent Lafitte), un lieutenant de guerre qui se déguise en prédateur social. L'humour noir, la gaucherie (merveilleuse interprétation de Dupontel lors du repas chez les Pericourt), la beauté même dans la laideur, le côté frondeur, AU REVOIR LA-HAUT est un grand film populaire au sens noble du terme sans être dénué d'âme, loin de là.

Peut-être que le cinéaste pêche un peu côté émotions. L'aspect déchirant du roman n'a que peu de répercussions ici et c'est le seul vrai défaut que l'on

pourra pointer du doigt. Pourtant, dans son regard d'une sidérante expression, le déjà important Nahuel Perez Biscayart (exceptionnel d'intensité dans 120 BATTEMENTS PAR MINUTE, sorti quelques mois avant AU REVOIR LA-HAUT) nous foudroie en quelques instants. Avec 2 055 669 entrées au compteur, le film fait un bon score et rentre tout juste dans ses frais. Il faut dire qu'il est sorti dans un contexte particulier, THOR RAGNAROK et EPOUSE-MOI MON POTE atteignant les salles le même jour. Quoiqu'il en soit, il s'inscrit parfaitement dans la filmographie du metteur en scène qui vient de connaître un nouveau succès avec son excellent ADIEU LES CONS !

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