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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

A BOUT DE COURSE, la fuite effrénée de Sydney Lumet

Publié le 6 Mai 2021 par Romain Jankowski in Histoire du cinéma

Deux ans après LE LENDEMAIN DU CRIME avec Jane Fonda et Jeff Bridges, le réalisateur Sydney Lumet signe A BOUT DE COURSE en 1988 avec un tout jeune River Phoenix. Inspiré, le cinéaste signera l'une de ses plus oeuvres. 

L'intrigue du film se déroule en 1971. Arthur et Annie Pope (campés respectivement par Judd Hirsch et Christine Lahti) proteste contre la guerre du Vietnam et ont perpétré un attentat dans un laboratoire de napalm. Un gardien qui n'était pas censé se trouver sur les lieux ce jour-là a été aveuglé et paralysé. Accompagnés de leurs deux fils, les Pope sont en fuite depuis quinze ans, changeant régulièrement de nom et de ville. Leur fils de 17 ans, Danny (River Phoenix), est un pianiste talentueux repéré par son professeur de musique (Ed Crowley) qui le pousse à intégrer la fameuse école de musique New-Yorkaise, la Juilliard School. Il tombe alors amoureux de la fille du professeur, Lorna (Martha Plimpton) et décide de se rebeller contre ses parents. Une rébellion qui agit également comme un acte d'indépendance et d'affirmation de soi-même. Un enfant doit-il forcément suivre les convictions et les volontés de ses parents ? Durant tout le long-métrage, Sydney Lumet nous interroge sur ces choix qui sont faits et comment ces derniers peuvent impacter la vie des autres. 

Tel un prolongement du film de Nicholas Ray, LES AMANTS DE LA NUIT, sorti en 1947, A BOUT DE COURSE tend vers l'émotion lorsqu'il présente des scènes du quotidien qui ne peuvent pas se dérouler comme celles vécues par tant d'autres. A la différence du premier film cité, Lumet ne mise pas sur le thriller, mais plutôt sur le ralentissement, une pause dans la vie tourmentée d'un jeune homme pour lui montrer à quel point une vie normale diffère de la sienne. Politique, le film l'est aussi, mais il est surtout dans l'émotion brute, bloqué

dans un espace qui filtre des relations fortes, mais devenues compliquées entre chaque membre de la famille. On se souviendra longtemps de la portée sublime que confère cette scène où Danny et sa mère jouent une comptine au piano. Elle renvoie ces deux personnages dans un passé qui ne peut plus être le présent. 

River Phoenix y est incroyable. Indiscutablement, sa présence magnétique hante l'écran et les émotions qu'il exprime possèdent cette force indescriptible au récit. Ce garçon serait certainement devenu l'un des plus grands acteurs de sa génération s'il n'avait pas disparu de manière précoce. Il est la lumière dans ce grand film qui ne possède pas un rythme toujours soutenu, mais qui affirme sa personnalité par un engagement narratif étincelant. 

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