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cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de PIECES OF A WOMAN

Publié le 15 Janvier 2021 par Romain Jankowski in critiques

Après le génial WHITE GOD et l'imparfait LA LUNE DE JUPITER, le hongrois Kornél Mandruczo s'expatrie et part en Amérique adapter sa pièce de théâtre sur une femme qui perd son enfant et erre au sein de sa propre vie pour faire son deuil.

Vanessa Kirby et Shia LaBoeuf incarnent un couple progressiste qui est certain de leur bonheur à venir. Leur petite fille s'apprête à naître tandis que la mère de Martha (Kirby) leur offre une jolie voiture spacieuse pour y mettre leur petite famille à venir. Dès le début, quelque chose se dérègle, les étoiles ont l'air de ne plus s'aligner. Ils ont répété l'accouchement, tout est millimétré. Puis, un élément qui aura son importance change et deviendra même la pierre angulaire du film tout entier : la sage-femme prévue pour accoucher Martha à son domicile n'est pas disponible et est donc remplacée. 

Le mécanisme se met en route et chaque pièce va commencer à s'assembler. L'accouchement est un morceau de bravoure intime, un plan-séquence de 23 minutes qui laisse pantois. On aurait davantage insisté sur son impact si celui-ci avait été visionné dans une salle de cinéma, mais même dans son salon cela reste de haute volée. La tension mise en place et ce qu'elle déclenche pour la suite du récit est une leçon de cinéma rehaussée par l'interprétation exceptionnelle de Vanessa Kirby jusqu'une résolution tétanisante. L'incompréhension, le choc. Puis le titre s'imprime à l'écran. 

La suite de PIECES OF A WOMAN est un long chemin de croix qui montre les réactions de chacun et le deuil porté par ceux qui auraient dû être père et mère. Le premier exprime sa colère et son désarroi face à la froideur totale de la seconde qui se ferme complètement aux autres. Le cinéaste aurait peut-être renforcé l'impact émotionnel en évitant les nombreuses ellipses qui peuvent désarçonner par leurs fêlures qui ne se disent pas et qui restent en suspens. La métaphore incarnée par le pont qui se reconstruit est juste, le portrait de l'homme qui trompe sa femme l'est un peu moins. C'est peut-être l'un des gros défauts que l'on peut imputer au scénario. Comme cette impression que Mandruczo hésite avec ce personnage bouillonnant qui aurait pu offrir à Shia LaBoeuf son meilleur rôle. Malheureusement, ce dernier est emprisonné dans

une spirale un peu caricaturale qui dessert le propos à son encontre. En contrepoint, elle permet de mettre encore plus en évidence la solitude de Martha qui doit, en plus de son deuil, gérer un entourage oppressif qui cherche un coupable au lieu de la regarder elle. 

L'émotion est ténue, sans extravagance, sans tire-larmes. Certains seront frustrés par le parti pris d'une mise en scène qui s'appuie sur les non-dits et les points de suspension. Pourtant, là est toute la force d'un film qui se relève doucement où la renaissance est symbolisée par un pommier. PIECES OF A WOMAN se définit aussi par ses symboles. 

 

AVIS GLOBAL : Un film remarquable porté par une interprétation exceptionnelle de Vanessa Kirby. Symbolique, PIECES OF A WOMAN se paie le luxe d'offrir un incroyable plan-séquence d'une vingtaine de minutes qui restera dans toutes les mémoires.

NOTE : 15 / 20

 

PIECES OF A WOMAN  2h06

Un film réalisé par Kornél Mandruczo

Avec Vanessa Kirby, Shia LaBoeuf, Ellen Burstyn, Iliza Shlesinger

Actuellement sur Netflix.

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