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cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de MANK

Publié le 11 Février 2021 par Romain Jankowski in critiques

Six ans après l'excellent GONE GIRL, David Fincher revient avec un script écrit par son père (Jack Fincher) des décennies plus tôt. Un projet que le cinéaste traîne depuis de nombreuses années et qu'il met en scène avec un amour immodéré pour le cinéma.

Revenant sur l'odyssée de CITIZEN KANE, le chef-d'oeuvre absolu d'Orson Welles, le film de Fincher plonge au coeur d'une entreprise tempétueuse, où il règle ses comptes avec les pontes des studios qui s'intéressent plus aux billets verts qu'au 7ème art lui-même. Bien sûr, le script est loin d'être aussi manichéen et préfère se concentrer sur le scénariste Herman J. Mankiewicz (Gary Oldman) qui entame donc un script libre de toute autorité, lui qui se bat contre un système qui le répugne...

Difficile de rentrer dans le film si vous n'êtes pas un peu connaisseur des années 30, du 7ème art et... de CITIZEN KANE. Fincher mêle politique et cinéma à l'aide d'une construction en flash-back qui rend parfois difficile la compréhension de l'ensemble pour le non-initié. Contrairement à Quentin Tarantino qui a pris la décision de plonger dans une époque avec ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD, il préfère s'intéresser à toutes les dérives du système lui-même en pointant du doigt les responsables. Deux styles différents, deux oeuvres qui se complètent. Reste que MANK souffre d'un manque de rythme un peu assommant qui rebutera de nombreux spectateurs. Pris en étau d'un script par le biais duquel il veut rendre hommage à son père, Fincher n'ose aucune colère, aucun débordement. Distant et presque assagi par rapport à tout cet environnement, le cinéaste montre une forme de distance assez étonnante dans sa mise en scène presque anesthésiée. Bien sûr, la reconstitution est propre et l'aspect dégradé de l'image rend parfaitement hommage aux productions d'antan. Mais on a cette impression que le réalisateur se regarde filmer tout en se détachant d'une intrigue déroulée comme un commentaire des faits. 

Il est vrai que MANK ne ressemble à aucun autre film de sa filmographie et qu'il représente une forme de contrepoint en étant diffusé sur Netflix. Le cinéma est vu ici comme une gigantesque entreprise fait de compromis et de parole mensongère. Une vraie mise en abîme comme cette scène où Louis B.Mayer (interprété à l'écran par Arliss Howard) joue la carte de l'émotion en demandant à ses techniciens de baisser leurs salaires de moitié pour faire face à la crise. Il revient ensuite en coulisses en séchant trop rapidement ses fausses larmes tout en demandant si sa prestation était convaincante. Une forme de cynisme incisive qui se réfère à de véritables situations... 

Le nouveau long-métrage d'un cinéaste adoré par les cinéphiles ne fera pas l'unanimité. Moins accessible que ses précédentes oeuvres, presque expérimental par moments, MANK est le fruit d'un travail de passionné, celui d'un journaliste (Jack Fincher donc) qui voulait réhabiliter le scénariste d'un des plus grands films de tous les temps et qui désirait montrer qu'un artiste doit travailler en liberté pour donner le meilleur de lui-même. C'est aussi l'hommage d'un fils à son père, tout simplement.

 

AVIS GLOBAL : Un film fait pour les passionnés de cinéma et du chef-d'oeuvre réalisé par Orson Welles. Peu accessible, MANK souffre d'un rythme lancinant qui en rebutera plus d'un. Reste un beau casting et le talent visuel habituel de Fincher.

NOTE : 13 / 20

 

MANK  2h12

Un film réalisé par David Fincher

Avec Gary Oldman, Lily Collins, Amanda Seyfried, Arliss Howard.

Actuellement sur Netflix.

critique de MANK
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