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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

HEAT, LE SOMMET DE MICHAEL MANN

Publié le 21 Mars 2021 par Romain Jankowski in analyses

Quand on parle de HEAT, on pense tout de suite au face-à-face entre deux acteurs exceptionnels : Al Pacino et Robert de Niro. Le premier est un flic hanté par la mort (et presque mort lui-même), l'autre est un braqueur rempli d'un certain désespoir et qui avance lui aussi avec la Grande Faucheuse. Mais HEAT est aussi l'oeuvre de son auteur, le remake d'un de ses propres téléfilms réalisés en 1989, L.A TAKEDOWN. 

En agrandissant un terrain de jeu prisé par William Friedkin, Michael Mann a redimensionné l'action et redéfini la fusillade au cinéma. Dans un sommet d'inspiration, le cinéaste propose une scène d'action monumentale qui démarre  du braquage d'une banque pour se poursuivre en guerre urbaine. La mise en scène de Mann est à son apogée, la lisibilité magistrale de l'ensemble découpe à la perfection le terrain de jeu englobé par une caméra jamais épileptique. On imagine bien les difficultés rencontrées pour le tournage d'une telle séquence, les grandes artères de Los Angeles ne pouvant être bloquées durant la journée. L'équipe fut alors obligée de la mettre en boîte tôt le matin pendant les week-end ! Quoiqu'il en soit, la force de ce passage réside également dans ce qu'il raconte. Durant plus d'une centaine de minutes, le scénario nous a délivré un puissant face-à-face qui culmine dans une scène aussi épurée que nécessaire, celle de la confrontation entre McCaulney (De Niro) et Hanna (Al Pacino). Celle-ci est une passerelle, elle redéfinit les enjeux du film et lance la deuxième partie  du récit. 

La rigueur de l'écriture et la dynamique du montage sont une véritable leçon de cinéma. Avec son astronomique durée de 2h50, HEAT passionne durant chacune de ses secondes, rebondit dans des moments fatidiques, se veut intimiste quand la psychologie des personnages est mise à mal, impressionne lorsque les nerfs sont à vif. C'est un western en milieu urbain, l'affrontement de deux légendes du cinéma qui verront leurs carrières respectives décliner

lentement par la suite. Mann prend sont temps pour dépeindre son univers et ne cherche jamais une caractérisation exagérée dès les prémices. Avec une minutie implacable, il distille les informations en changeant régulièrement de point de vue. On vit l'histoire de l'intérieur, plongé tantôt aux côtés du flic, tantôt près du criminel. Formellement, HEAT est une démonstration onirique, un voyage sans fin dans les ténèbres d'une ville peuplée d'âmes damnées. 

Michael Mann est un cinéaste qui mériterait de voir son cinéma largement revalorisé. Même quand il met en scène un film de commande avec LE DERNIER DES MOHICANS, celui-ci s'avère être une oeuvre plus personnelle qu'il n'y paraît et ne ressemble en rien aux productions hollywoodiennes classiques. Sans oublier l'exceptionnel MANHUNTER, démonstration technique sonore et visuelle, REVELATIONS qui est avec HEAT son scénario le plus puissant, ALI, biopic plus classique mais traversé par des fulgurances dont le cinéaste a le secret et bien sûr COLLATERAL, une oeuvre noire qui fait directement écho à HEAT. Même un blockbuster d'été rendant hommage à sa propre série est un film profondément tragique. Avec MIAMI VICE, au-delà de son ambition numérique, il raconte finalement l'histoire d'Hommes sombrant dans un monde de haine et de violence, sans la légèreté qui caractérise régulièrement les films de ce genre. Certes, PUBLIC ENEMIES n'est pas la grande réussite espérée malgré une direction d'acteurs honorable et HACKER, son dernier long-métrage en date, s'avère un poil confus. Reste que Mann est désormais un exemple pour la génération actuelle de réalisateur dont un certain Christopher Nolan qui ne se cache pas du poids qu'a eu ce cinéaste dans ses choix de mise en scène.  

 

HEAT, LE SOMMET DE MICHAEL MANN
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