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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de LES SEPT DE CHICAGO

Publié le 9 Février 2021 par Romain Jankowski in critiques

Après LE GRAND JEU, Aaron Sorkin sort son deuxième film en tant que réalisateur avec LES SEPT DE CHICAGO, brûlot politique édifiant sur les événements de la manifestation en marge de la convention démocrate de 1968. 

Le célèbre scénariste de THE SOCIAL NETWORK et DES HOMMES D'HONNEUR restitue ce morceau historique avec un humour noir féroce et une puissance dramatique dominée par l'interprétation qualitative de ses nombreux comédiens. Sorkin n'a pas fait dans la facilité pour son second long-métrage et décide de retracer les événements en alternant présent et passé. Le premier est représenté par les séquences à la cour, le second par les scènes de préparation de la manifestation puis la mise en scène de cette dernière. 

Dès l'introduction, le ton est donné, le trait est forcé : sur la base d'images d'archives mélangées à la présentation furtive des protagonistes, le compositeur Daniel Pemberton appose une musique à la tonalité inverse des drames que l'on visionne, imposant une ironie provocatrice désarmante. Durant plus de deux heures, LES SEPT DE CHICAGO est construit comme une mise en scène, celle opérée par une justice déjà acquise à la condamnation et qui convoque les protagonistes pour leur faire payer les actes de révolution qu'ils ont opérés. Derrière cette mécanique, Sorkin cherche l'empathie du spectateur envers ces hommes qui se battent pour leurs amis partis à la guerre du Vietnam, mais également en faveur des libertés que le mot démocratie implique. Autre protagoniste qui ne devrait pas se trouver là, le membre des Black Panthers, Bobby Seale, jugé pour une toute autre affaire. Son parcours est régulièrement mis en scène jusque l'explosion lors d'un passage terrible, mais vrai. 

Très bavard, le film n'évite pas certains écueils, comme une surexplication pas toujours nécessaire. Quoiqu'il en soit, Sorkin s'en sort merveilleusement bien, aidé par un casting exceptionnel où chaque membre qui le compose réussit parfaitement sa partition : Eddie Redmayne quitte sa gaucherie habituelle pour un personnage complexe et édifiant, Sacha Baron Cohen apporte son sarcasme avec beaucoup d'aisance, Mark Rylance est toujours aussi excellent, Joseph Gordon-Levitt s'en sort très bien en interprétant un avocat à la merci de ses supérieurs tandis que Jeremy Strong assure en homme frondeur en quête de liberté. On accordera une mention spéciale à Yahia Abdul-Mateen II qui incarne Bobby Seale, probablement le personnage le plus difficile à faire exister. En une poignée de scènes, il donne une force imparable à cet homme privé de parole par une cour l'ignorant sciemment. Ou quand la liberté d'expression se voit priver publiquement, une exposition des faits qui offre une puissance imparable au propos même du film. Et qui résonne lourdement avec notre époque troublée...

 

AVIS GLOBAL : Intense et remarquablement interprété, LES SEPT DE CHICAGO est un film essentiel rondement mené par la puissance dramaturgique de son auteur, Aaron Sorkin.

NOTE : 16 / 20

 

LES SEPT DE CHICAGO  2h09

Un film réalisé par Aaron Sorkin

Avec Eddie Redmayne, Jeremy Strong, Sacha Baron Cohen, Mark Rylance.

Actuellement sur Netflix.

critique de LES SEPT DE CHICAGO
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