Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
cinema fou

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LOVING, JEFF NICHOLS ET L'AMOUR CONTRARIÉ

Publié le 6 Février 2021 par Romain Jankowski in analyses

 

Jeff Nichols est l'un des meilleurs cinéastes américains de notre époque. Il a déjà imposé sa patte, digéré largement ses influences et proposé un cinéma différent, plus lent peut-être même plus radical dans sa narration. Obsédé par l'être humain et ses multiples facettes, il le met au coeur de ses histoires et définit celles-ci par son biais. Ainsi, son cinéma ne donne jamais l'impression d'avancer à deux vitesses. 

Dans les mains d'un autre cinéaste ou d'un studio, que ce LOVING aurait pu être racoleur ! A base de parcours biographique (de la rencontre du couple à leur mort), de scènes lacrymales gênantes et autres montées en puissance de violons. Le sujet même du film veut ça et, traité n'importe comment, ce dernier aurait pu être un beau ratage. Alors on peut presque dire que vous n'avez jamais vu quelque chose qui ressemble à LOVING. Prenant souvent des directions contraires à ce que l'on attend, changeant de temporalité grâce à de subtils raccords (pas de cinq ans après ou autre), possédant un rythme plus lent s'intéressant aux émotions de chaque personnage, ce film vous prend peu à peu à la gorge, Nichols ne rajoutant rien pour faire naître l'émotion. Il montre tout simplement. Ce détail pourrait paraître anodin, mais il ne l'est pas. Pas besoin d'être caricatural, pas besoin de grossir les traits, LOVING se raconte seul, par la puissance sentimentale de ces deux êtres blessés dans leur amour-propre (et amour tout court). 

Le peu de musique renforce cet effet de particularité. La plupart du temps, les séquences sont sans effets et ne poussent pas le spectateur à pleurer ou rire. Voici une expérience que certains réfuteront tant elle s'avère plutôt inattendue.  Lorsque sa caméra se pose sur le visage de la délicate (et franchement incroyable)  Ruth Negga, Nichols se passe de dialogue pour raconter la vérité d'une manière très cinématographique. Il ne fait pas de Richard Loving (impeccable Joel Edgerton) un héros menant front face à l'injustice américaine, non, il montre cet homme simple et humble, donnant corps et âme pour sa famille. En témoigne ce court passage cocasse où les avocats viennent chez les Loving et que Richard remet du bois pour les besoins du feu, alors que tout le monde l'attend. Une caractérisation basique, mais admirablement montré par Nichols. On aura toujours ce doute (comme le cinéaste d'ailleurs) de savoir si cet homme savait ce qu'il faisait ou pas, s'il savait qu'il ne pouvait se marier à une personne noire et revenir en Virginie, là ou ce genre d'union était interdite. Notons également, même dans une courte apparition, la présence formidable de ce comédien  : Michael Shannon. Avoir un tel charisme, en seulement quatre minutes à l'écran, est un fait très peu commun. 

On attend désormais la suite de la carrière de Jeff Nichols qui devrait débuter les prises de vues de son prochain film (avec Adam Driver) cette année. 

 

 

LOVING, JEFF NICHOLS ET L'AMOUR CONTRARIÉ
Commenter cet article