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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

JOHN FORD, LE CINEASTE MELANCOLIQUE

Publié le 2 Janvier 2021 par Romain Jankowski in Histoire du cinéma

Fils d'un cabaretier d'origine irlandaise, cadet d'une famille de onze enfants, John Ford tenait à donner l'image d'une vie simple. C'est que la découverte de ses tourments (l'alcoolisme) qu'il cachait derrière son bandeau sur l'oeil, explique en partie la profonde mélancolie de son oeuvre. Soucieux de donner une apparente facilité, Ford n'en laisse pas moins une oeuvre grandiose, bien plus profonde qu'elle en a l'air.

John Ford commence sa carrière en 1917 pour la terminer en 1966 après cent quarante films ! Son genre ? Le western bien sûr. il se définissait lui-même comme cela : "Je m'appelle John Ford. Je fais des westerns". Jusqu'en 1920, pendant la période muette, il ne réalisé que des films de ce genre. C'est en 1930 qu'il changera de registre pour devenir un cinéaste estimé. Il touche alors à tous les genres, avec le film de guerre (LA PATROUILLE PERDUE), la comédie (TOUTE LA VILLE EN PARLE) ou encore des reconstitutions historiques (MARY STUART). Cependant, deux oeuvres accèdent automatiquement au statut culte : LE MOUCHARD (transposition du mythe de Judas dans le cadre de la révolution irlandaise) et le sublime LA CHEVAUCHEE FANTASTIQUE, qui marque le retour de Ford au western.

C'est lui qui fera entrer le genre dans son âge adulte et libérera le western comme un succès majeur pour les deux décennies suivantes. Ford trouvera SON paysage (le monument valley, qu'il film sous toutes les coutures) et contribue à donner ses lettres de noblesses ainsi que des plans iconiques au western. Et à la cinématographie toute entière. Avec LA POURSUITE INFERNALE, LE MASSACRE DE FORT APACHE, LA CHARGE HEROIQUE, RIO GRANDE ou encore LA PRISONNIERE DU DESERT, Ford solidifie une filmographie admirable. LA PRISONNIERE DU DESERT est souvent considéré comme le sommet de sa carrière. À raison.

Sa dernière période, riche en westerns remarquables, sera comme une salve d'honneur : LE SERGENT NOIR, LES DEUX CAVALIERS ou le fabuleux L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALENCE (probablement la réflexion la plus profonde et mélancolique du genre tout entier). Malgré tout, Ford décide de se renouveler, en témoigne l'immense LES RAISINS DE LA COLERE, adaptation magnifique du roman de Steinbeck. Mais aussi QU'ELLE ETAIT VERTE MA VALLEE, bouleversant. Le sentiment de son propre vieillissement pousse Ford à revenir puiser dans ses origines irlandaises (L'HOMME TRANQUILLE), mais aussi avec une poignante médiation sur le temps qui passe (LA DERNIERE FANFARE).

Impertinent, le cinéaste est également montré comme un machiste. Il prouvera le contraire en réalisant le trop méconnu FRONTIERE CHINOISE, qui confronte un groupe de femmes dans un huis clos à la maîtrise absolue ! Ce dernier coup de maître marquera aussi la fin d'une carrière extraordinaire et qui inspirera un large panel de cinéastes (comme Steven Spielberg).

John Ford au centre de l'image, John Wayne à droite. Un duo mythique.

John Ford au centre de l'image, John Wayne à droite. Un duo mythique.

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