Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LE ROAD MOVIE, QUAND LE CINEMA PART EN BALADE

Publié le 24 Décembre 2020 par Romain Jankowski in Histoire du cinéma

A la fin des années 60, le film de voyage américain est l'objet d'un genre nouveau : le fameux road movie. Ses personnages sont des contestataires désabusés qui soignent leur mal de vivre en prenant la route. C'est encore aujourd'hui la règle essentielle du genre, tant ce "voyage" doit être un parcours initiatique.

Au-delà du 7ème art, les récits de voyages ont tissé l'Histoire. De L'ODYSSEE à DON QUICHOTTE en passant par la beat génération et son emblème Jack Kerouac, la littérature en avait déjà fait un genre privilégié. De par son Histoire, l'Amérique et son cinéma ne pouvaient ignorer plus longtemps ce genre de narration. En effet, le pays de l'Oncle Sam est issu d'une longue épopée, celle de la conquête de l'Ouest.

Le terme de "road movie" apparaît à la fin des année 60, alors que les USA n'en finissent plus dans le Vietnam. La jeunesse, remplie de désillusions, se tourne vers les utopies du flower power et plus particulièrement le mouvement hippie que l'on retrouvera dans le chef d'oeuvre du genre, EASY RIDER (1969) de Dennis Hopper. Voici le porte-drapeau d'une génération rebelle, rejetant un système et une société qui leur ait vide de sens. Dés lors, le voyage apparaît comme solution au mal de vivre ou au sentiment d'échec. La route symbolise la liberté, l'insoumission. Et EASY RIDER de graver quelques images inoubliables de l'Histoire du cinéma avec Dennis Hopper et Jack Nicholson sur leur moto, filant à toute allure sur une route déserte.

D'autres cinéastes vont s'approprier le road movie et dévier vers le film social, musical ou même partir vers l'angoisse. Ainsi David Lynch, spécialiste du cauchemar éveillé, pousse très loin le concept des sensations fortes avec SAILOR ET LULA, palme d'or en 1990 au festival de Cannes(photo ci-dessus). Sur fond d'heavy metal, Lynch nous promène dans son univers graphique fort, à la limite de l'angoisse. D'autres, comme Steven Spielberg avec DUEL et George Miller avec MAD MAX, font de la route un danger permanent. Rob Reiner, avec STAND BY ME en 1986, suit le périple d'une bande d'ados dans la campagne américaine, dans une sublime métaphore de la fin de l'enfance. Un film grandiose à redécouvrir.

Aujourd'hui, le road movie a encore sa place dans le cinéma, mais a perdu un peu sa portée contestataire. Les frères Coen, avec O'BROTHER (2000), s'inspire de L'ODYSSEE d'Homère, en montrant trois bagnards à la recherche d'un trésor dans l'Amérique de la Grande Dépression. Dans un style plus intime et humoristique, le fabuleux LITTLE MISS SUNSHINE (2006) de Jonathan Dayton et Valérie Faris se révèle être un des plus respectueux du genre. INTO THE WILD (2007) de Sean Penn s'apparente également à un retour aux sources, dénonçant, dans son fond, la société de consommation et ses dérives.

 

Probablement l'image la plus emblématique du genre dans EASY RIDER !

Probablement l'image la plus emblématique du genre dans EASY RIDER !

Commenter cet article