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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

THE REVENANT, PLONGEE MAGISTRALE EN NATURE HOSTILE

Publié le 11 Novembre 2020 par Romain Jankowski in analyses

Inutile de s'éterniser sur la genèse d'un film qui connut une production chaotique, les mythes du roi Leo (avec bison cru, carcasse de cheval et j'en passe) ou encore des rallonges de jours de tournage à des prix exorbitants. Vous en connaissez probablement plus de la moitié donc concentrons-nous sur le film en lui-même, celui nominé douze fois pour les oscars et qui a permis à DiCaprio d'obtenir son tout premier (et seul) oscar.

Gonzalez Innaritu, réalisateur de BABEL et du récent BIRDMAN, s'est lancé dans une vraie aventure, avait une envie débordante de se mettre en danger. Un projet qu'il porta durant cinq ans et qu'une personne a permis de réaliser : Leonardo DiCaprio, peut-être la seule star au monde qui garantit le succès à votre production, si risquée soit-elle. Franchement, sans ce coup de pub, qui investirait 135 millions de dollars dans un film de 2h36 sur un homme seul face à la nature ? Personne et il aurait raison. Les risques financiers seraient énormes voire suicidaires. Filmé à l'état naturel, sauvage, sans artifice (ou presque), l'histoire sur Hugh Glass, célèbre trappeur américain, est incroyable. Incroyable de souffle, de virtuosité, d'intensité. On est pris aux tripes du début à la fin, entre les pauses poétiques et les déchainements de violence d'une force inouïe. THE REVENANT est une véritable expérience que les vrais paysages nous font ressentir à chaque moment. Il y a une indiscutable différence par rapport aux fond verts et effets spéciaux numériques. Certes, Inarritu, comme dans le décevant BIRDMAN, se sent parfois obligé d'être un poil trop démonstratif (certains plans sont "trop" beaux et prennent un peu le dessus sur le récit) et l'impact est peut-être moindre qu'à sa sortie au cinéma il y a désormais quatre ans, mais l'oeuvre est d'un souffle indéniable, n'ayant de cesse de projeter des fulgurances cinégéniques électrisantes.

Impossible de sortir indemne d'une telle expérience qui ne pourra que diviser. Pourtant, si on gratte la surface, les thèmes abordés dépassent largement le simple genre du survival : les Blancs prenant la Terre aux indiens, la nature force de la Terre, l'Homme face à ses instincts, la vengeance comme moteur de l'âme, croyances divines... le film s'arrête une bonne demi-heure pour se faire plus élégiaque, plus sensible et finir dans un mano à mano final à couper le souffle. On pourra également citer les attaques d'indiens en plan-séquence et surtout cette scène magistrale de l'ours qui laisse bouche bée ! D'un réalisme incroyable, elle représente également un moment charnière du récit. Et les morceaux de bravoure se retrouvent dans ces superbes panoramas d'une nature aussi magnifique que dangereuse.

Evidemment, THE REVENANT a changé la carrière de son acteur principal que l'on sent plus apaisé aujourd'hui, plus tranquille par rapport à la récompense qui lui manquait : l'oscar. Le boycott évident de l'industrie à son égard en était ridicule. On pourra toujours débattre sur le fait que ce n'est certainement pas  pour son meilleur rôle qu'il a obtenu la récompense (mais c'est déjà arrivé beaucoup de fois dans l'Histoire). Evidemment, il est génial en Hugh Glass, très physique, ressort ses instincts primaires, se déchaîne dans une souffrance physique que l'on ressent constamment. Le seul problème c'est qu'il frôle parfois le surplus, le trop-plein. Heureusement, il ne tombe jamais dans le mauvais goût. Il peut compter sur son cabotin de partenaire, Tom Hardy, qui, lui aussi, impose une interprétation musclée et brutale.

THE REVENANT fut un grand succès en rapportant 529,2 millions de dollars de recettes pour 135 millions de budget. Une anomalie pour un film de près de trois heures qui n'est ni rattaché à une franchise, ni dans un genre des plus populaires (pas de fantasy, pas de SF, pas de fantastique). Mais l'atout majeur reste sa star, probablement l'une des dernières qui peut encore ramener les spectateurs en salles grâce à son seul nom. Pas un mince exploit. 

THE REVENANT, PLONGEE MAGISTRALE EN NATURE HOSTILE
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