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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

SPLIT OU LE COME-BACK FRACASSANT DE M.NIGHT SHYAMALAN

Publié le 5 Novembre 2020 par Romain Jankowski in analyses

M.Night Shyamalan est un sacré réalisateur, indiscutablement. Traité par certains de cinéaste à l'intellectualisme pompeux (en gros, mener un récit de manière peu intéressante pour le relever dans un twist final qui donne soi-disant une autre ampleur au film), et par d'autres de prodige indispensable du cinéma américain. Il est sûr qu'il fait débat et, par conséquent, qu'il ne laisse pas indifférent. SPLIT n'est pas là pour réconcilier tout le monde...

On a franchement rarement vu ça. Ce n'est pas évident l'originalité au cinéma (et dans l'art, en général), mais on peut presque le dire ici. D'ailleurs, la carrière de Shyamalan est différente, loin des standards, portée par une élégance et un décalage rares. L'enlèvement des jeunes filles est opéré dans un exceptionnel mouvement de caméra, sidérant morceau de bravoure qui cloue au siège. La suite ? Un récit, remarquablement écrit, qui emmène le spectateur un peu partout, mais jamais là où il s'attend être. Loin de sa zone de confort, il faudra accepter de ne pas avoir toutes les cartes en mains pour apprécier le film. Sa richesse thématique se révèle peu à peu, passant d'un point de vue à un autre avec une inouïe maîtrise. On sait que les compétences du cinéaste sont exemplaires dans ce domaine, chaque plan, chaque phrase, chaque situation servant son propos final, doublant toute son intrigue par d'autres qui nous permettent d'explorer les raisons des troubles. La tension est palpable, la caméra ne s'envole pas mais reste fixe, le montage est au cordeau, la musique est discrète et paradoxalement assourdissante. Plus que la peur, c'est la torsion psychologique qui prédomine, rehaussée par une prestation hallucinante et hallucinée de James McAvoy. On est franchement pas loin de penser que c'est son meilleur rôle (enfin, meilleurs rôles plutôt). 

Malgré tout, il manque ce supplément d'âme pour revenir au niveau de son grand triptyque, SIXIEME SENS, INCASSABLE et SIGNES. Mais on en est vraiment pas loin ! Parfois, SPLIT se bride par des scènes de dialogues à rallonge ou des tunnels de pensée obscurs qu'on ne saisit pas toujours très bien. C'est une oeuvre totalement méta (Shyamalan se raconte indirectement), potentiellement dérangeante et carrément pas abordable pour tout le monde (l'amateur de cinéma d'horreur moderne risque d'être très très déçu). 

Nouant des liens étonnants avec INCASSABLE, SPLIT se verra compléter par GLASS deux ans plus tard. Une trilogie au propos cohérent, mais qui souffre tout de même d'un rajout un peu bancal avec le troisième film, moins percutant que ses deux prédécesseurs. 

SPLIT OU LE COME-BACK FRACASSANT DE M.NIGHT SHYAMALAN
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