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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

MOTHER, LE FILM FOU DE DARREN ARONOFSKY

Publié le 29 Septembre 2020 par Romain Jankowski in analyses

Darren Aronofsky n'est pas un réalisateur conventionnel, loin de là. PI, REQUIEM FOR A DREAM, THE WRESTLER, BLACK SWAN, il ne fait rien comme les autres, entourant ses films d'une bizarrerie presque inquiétante. Même quand il s'attaque au blockbuster avec NOE, il ne fait pas dans la dentelle : il s'empare des 125 millions de dollars de budget pour réaliser une oeuvre déstabilisante, violente et anti grand public. Il aime tirer l'intériorité de ses acteurs jusqu'à les pousser dans leurs retranchements. Il est insaisissable, parfois agaçant, mais toujours percutant. Son dernier film en date ne fait pas exception à ces trois règles.  

On pourrait essayer de décrire MOTHER avec des pulsions émotionnelles, celles que l'on ressent pendant deux heures de projection entre éblouissement, lassitude, frustration, incompréhension, puis ensuite décrire le nouveau Aronofsky pour la marque qu'il laisse sur votre esprit. C'est ça son cinéma, vous rendre une démence à la place d'une histoire classique.

On ne peut pas tout excuser et même si il y a du génie dans cette oeuvre, sa volonté d'être un peu élitiste déstabilise fortement. Quiconque essaiera l'expérience MOTHER doit se laisser guider par un récit aux métaphores innombrables et aux interprétations multiples. Un film sur l'art ? Une métaphore de la Bible ? L'histoire de l'Homme face à la nature ? Le cinéaste questionne votre âme plus que votre esprit cinéphile et s'avère être une oeuvre totalement expérimentale qui laisse finalement un champ des possibles assez hallucinant. 

Alors qu'il se la joue un peu home invasion movie dans ses débuts, le film se transforme ensuite en un chaos absolu aidé par un travail sur le son hors-normes. La qualité de la mise en scène vaut aussi pour cette caméra baladeuse qui capte toutes les émotions du personnage de Jennifer Lawrence. A ce propos, la performance de l'actrice est assez grandiose et elle passe par tous les états possibles dans une sorte de cauchemar éveillé aux contours angoissants. Javier Bardem lui fait face avec une froideur totale dans un rôle bien évidemment ambiguë. Aronofsky alourdit parfois son récit à force de le remplir de sous-entendus, mais son éclat final (extrêmement frustrant pour un public qui aime avoir une résolution claire) fait finalement toute la beauté d'une oeuvre effectivement folle et suicidaire qui représente l'entière capacité du cinéaste à projeter des obsessions personnelles comme vecteur de questionnements universels. C'est sûr, vous n'avez jamais vu un film comme MOTHER !

 

MOTHER, LE FILM FOU DE DARREN ARONOFSKY
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