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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LA FORME DE L'EAU, LE RETOUR EN GRÂCE DE DEL TORO

Publié le 17 Septembre 2020 par Romain Jankowski in analyses

Après l'injustement critiqué CRIMSON PEAK qui faisait renaître le film de maison hanté avec son ambiance gothique et son imagerie fantastique, Guillermo Del Toro est revenu, en 2018, à une forme de cinéma plus sentimentale, plus proche de lui, moins dilué dans un carcan spécifique. 

Formant un conte presque moderne (même si l'intrigue se déroule durant la Guerre Froide),le cinéaste prône l'amour comme symbole absolu de l'humanité capable de vaincre n'importe quel démon. Elisa est une femme muette qui part travailler chaque jour dans un laboratoire gouvernemental top secret. Simple femme de ménage, sa vie va être bousculée par l'arrivée d'un amphibien à qui l'on fait subir les pires sévices. Deux êtres incapables de communiquer avec le monde extérieur et qui vont pourtant réussir à se comprendre l'un et l'autre sans que Del Toro en rajoute. Sensible, il n'explique pas totalement la relation qui unit les deux êtres mais devait-il le faire ? Par essence, le lien amoureux est-il définissable ? Il n'a besoin que d'une Sally Hawkins merveilleuse avec son visage presque enfantin, son esprit souvent jovial et lunaire qui se heurte parfois à la compréhension des autres. L'amphibien, merveille de design (la puissance du regard est impressionnante), est incarné par Doug Jones qui devient le vecteur de toutes les émotions qui anime la créature. 

En face, Michael Shannon est une monstruosité sans véritable nuance. Le personnage aurait pu être totalement grotesque s'il n'avait pas l'un des meilleurs acteurs de sa génération à sa tête. Dès qu'il est à l'écran, Shannon stupéfie par sa puissance, son regard noir, sa dégaine de fou furieux. Il est l'homme des années 1960, l'époque de la consommation, des ennemis en tous genres, et de la place supérieur de l'homme blanc face à la femme et les gens de couleurs. Del Toro ramène un contexte politique à son histoire d'amour notamment au détour de quelques dialogues et d'une scène qui met en scène le personnage de Giles (Richard Jenkins) rejeté par son homosexualité. Il montre l'extérieur comme tout ce qu'il répugne, le cynisme et l'intelligentsia, la domination de l'homme sur l'homme, la virulence des préjugés. Certains trouvent ça manichéiste, et inutile de préciser que ça l'est. Là est toute l'intention du cinéaste que de purger ce qu'il pense de notre monde (l'époque importe peu, il dépeint clairement notre société) sans toutefois s'excuser d'une forme de naïveté. En cela, il trouve en Alexandre Desplat le compositeur parfait puisque ses morceaux, élégiaques et doux, collent parfaitement à sa vision.  

Certains élans fantastiques déstabilisent (dont l'aspect sexuel, quelque peu étrange), mais il est impossible d'être insensible à LA FORME DE L'EAU. L'émotion disparaît de plus en plus des écrans et quelques cinéastes continuent coûte à coûte à la mettre en avant. Se plonger dans ce conte fantastique c'est se plonger dans un autre univers, le spectateur devant lui-même faire preuve d'imagination et de poésie. Les fulgurances de Del Toro (dont une séquence musicale, un générique "flottant") rappellent que son inspiration à lui n'est pas morte et les oscars ne l'ont pas oublié, le cinéaste remportant celui du meilleur réalisateur et du meilleur film. 

LA FORME DE L'EAU, LE RETOUR EN GRÂCE DE DEL TORO
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