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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de ROMA

Publié le 18 Décembre 2018 par Romain Jankowski in critiques

En l'espace de quelques films, Alfonso Cuaron a réussit à bâtir une sérieuse carrière entre franchise réputée (HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D'AZKABAN, où il a modifié profondément l'univers du sorcier à lunettes), road-movie du désir (Y TU MAMA TAMBIEN), grand film dystopique (LES FILS DE L'HOMME et ses plans-séquences inoubliables) et odyssée spatiale à la technologie révolutionnaire (GRAVITY). Avec ROMA, on oublie l'esbroufe visuel pour se recentrer sur l'âme humaine. Et Cuaron de signer une histoire magnifique, d'une pudeur bouleversante. 

Plongeant dans ses souvenirs de petit garçon, il imagine ce qui pouvait bien se dérouler dans la vie de la servante familiale, celle qui observe sans broncher, qui se fait parfois conspuer par ses employeurs ou juste ignorer dans le coin d'une pièce. Cleo est une femme comme les autres qui s'adonne à sa tâche quotidienne sans jamais rien réclamer. Ses rêves d'évasion sont symbolisés par de magnifiques images (dont le reflet d'un avion sur l'eau) et ses mouvements s'accompagnent d'une caméra aussi baladeuse que gracieuse. Une perfection visuelle qui offre tout l'espace à un souvenir vivace, celui d'une vie tourmentée par l'absence des pères et des hommes en général. Outre Cleo, ce sont les femmes et les enfants qui doivent se battre seuls dans une société qui se soulève pour une vie meilleure (remarquable et choquante séquence de manifestation qui tourne mal) et qui se complexifie par son élitisme social. Comme Cleo n'est qu'une "boniche" comme le dit un personnage dans le film et qu'elle dépend foncièrement de sa situation de femme dominée, elle observe, elle sourit, elle ne gêne pas. Elle disparaît. 

Mais Cuaron ne met la lumière que sur elle et la lumineuse Yalitza Aparicio dont c'est le premier film en tant qu'actrice. Remarquable de naturel, son jeu se brusque dans une deuxième partie dramatique qui est embrassée avec une délicatesse rare. Avec son rythme lancinant et ses plans travaillés à la perfection (peut-être parfois trop, certaines séquences devenant démonstratives), ROMA méritait amplement la salle de cinéma, mais ce débat demeurera vain. Il reste une oeuvre poignante qui célèbre la vie malgré tout et qui émeut totalement dans ces sourires volés (court plan où tout le monde se réunit devant une télévision), mais aussi pour ces larmes retenues qui coulent dans un dernier acte sublime. 

 

AVIS GLOBAL : Alfonso Cuaron signe un film déchirant qui s'appuie sur un scénario simple et épuré pour atteindre des émotions profondes. Visuellement, certaines séquences sont techniquement hallucinantes. 

NOTE : 16 / 20

 

ROMA  2h15

Un film réalisé par Alfonso Cuaron

Avec Yalitza Aparicio, Marina de Tavira, Nancy Garcia, Veronica Garcia. 

critique de ROMA
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