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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

BIENVENUE A MARWEN, ROBERT ZEMECKIS ET LA BEAUTE DE L'IMAGINAIRE

Publié le 15 Août 2020 par Romain Jankowski in dossiers

Plus de deux ans après ALLIES, Robert Zemeckis réalise BIENVENUE A MARWEN, une histoire touchante sur la beauté de l'imaginaire et le besoin de s'évader du réel par la fiction. 

BIENVENUE A MARWEN c'est l'histoire de Mark Hogancamp, victime d'une amnésie totale après avoir été sauvagement agressé, et qui, en guise de thérapie, se lance dans la construction de la réplique d'un village belge durant la Seconde Guerre mondiale, mettant en scène les figurines des habitants en les identifiant à ses proches, ses agresseurs ou lui-même.

Le film s'inspire d'une histoire vraie, celle du véritable Mark Hogancamp qui s'est fait tabasser dans un bar de New York. A son réveil du coma, il se met à construire une ville du temps de la seconde guerre mondiale en peuplant sa création de plusieurs détails qui frôlent l'obsession. Jeff Malmberg en avait tiré un documentaire s'appelant MARWENCOL. Pour Robert Zemeckis, il était évident que cette histoire devait trouver le chemin des salles obscures et il s'est donc attelé à l'écriture en 2013. Il pense d'abord à Leonardo DiCaprio pour incarner Hogancamp. Finalement, c'est Steve Carell qui hérite du rôle en 2017 accompagné de Leslie Mann (40 ANS MODE D'EMPLOI), Eiza Gonzalez (BABY DRIVER), Diane Kruger (le récent IN THE FADE) ou encore Gwendoline Christie (Brienne dans GAME OF THRONES). 

L'histoire vraie de Mark Hogancamp (Steve Carrell) est un véritable défi de mise en scène : comment réussir à donner vie aux petits soldats de manière crédible ? En reconstruisant un village imaginaire de la Seconde guerre mondiale, Mark expie toutes ses douleurs et personnifie son entourage, les transformant en de véritables guerrières protégeant son alter ego, le capitaine Hogie. BIENVENUE A MARWEN demande un temps d'adaptation aux spectateurs malgré la remarquable utilisation du procédé (au départ, pour être plus limpide, Zemeckis utilise l'appareil photo de Mark pour nous ramener à la réalité avant que les deux mondes ne se mélangent). Les éléments sont placés un à un, tous ayant eu un impact dans la vie de Mark sans qu'on ne sache de quelle manière. Le cinéaste ne nous livre pas toutes les clés et c'est ce qui fait la force de son film. On se l'approprie, on se plonge dans la tête, malade, de cet homme blessé par la vie. 

En assumant de faire un film à contre-courant du cynisme actuel, Zemeckis 

revient aux plus belles heures de son cinéma et montre que si celui-ci s'est apaisé avec le temps, il n'a rien perdu de sa valeur. Avec ses plans longs qui permettent à ses formidables acteurs de livrer de superbes prestations, l'impressionnant dispositif de motion capture lui permettant de filmer ces petites figurines criantes de réalisme et sa volonté de conserver ses élans romanesques, le cinéaste finit par laisser tomber le masque dans une dernière demi-heure très émouvante. Il lui fallait forcément un grand acteur pour endosser le rôle de Mark, et Steve Carell s'avère être le meilleur choix possible. Lui qui a débuté dans la comédie, il se transforme peu à peu en véritable acteur de composition avec son jeu si particulier de clown triste et son sourire qui exprime autant la tristesse que la possibilité d'un espoir. Il doit interpréter un grand nombre d'émotions ici tout en intériorisant une douleur qui ne se dit pas. Et il le fait de fort belle manière ! 

Bien soutenu par la douce partition d'Alan Silvestri, BIENVENUE A MARWEN est un film sur la puissance de l'imaginaire, oui, mais également un message d'espoir adressé à ceux qui doivent se relever après un terrible événement. L'amour reste le seul moyen pour surmonter sa peine et Zemeckis se rapproche en cela de son éternel camarade Steven Spielberg (qui le rappelait encore dans READY PLAYER ONE). Peut-être que le style si particulier du long-métrage ne plaira pas à tous et que certaines longueurs sont à décréter, mais force est de constater que les intentions du cinéaste sont bien transmises et qu'elles trouveront un écho chez de nombreux spectateurs. Tout en adressant un message anti-haine salvateur.

 

BIENVENUE A MARWEN, ROBERT ZEMECKIS ET LA BEAUTE DE L'IMAGINAIRE
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