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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

SAUVER OU PERIR, PIERRE NINEY FACE A LA MORT

Publié le 27 Novembre 2018 par Romain Jankowski in dossiers

A seulement 29 ans, Pierre Niney est déjà un acteur qui compte dans le cinéma français. Auréolé d'un césar pour YVES SAINT-LAURENT, il enchaîne tous types de rôle avec la même aisance, qu'il soit dramatique ou comique. En rencontrant Frédéric Tellier, le réalisateur du solide L'AFFAIRE SK1, l'acteur s'est mis face à un nouveau défi : devenir un pompier professionnel ambitieux et casse-cou qui va finir par se brûler grièvement. Jouer la force puis la douleur, deux antagonistes que l'acteur embrasse pour une prestation époustouflante. 

Pour Tellier, SAUVER OU PERIR est "une histoire d'amour". En effet, le film montre également un autre point de vue, celui de Cécile (interprétée par Anaïs Demoustier), la compagne de Franck (Niney), qui assiste à cette chute aux enfers, impuissante. Une spectatrice qui confronte forcément toutes ces femmes de pompiers dans la réalité qui doivent vivre avec ce risque perpétuel. D'ailleurs, le réalisateur mène une réflexion globale : "c'est une observation plus large sur la quête d'identité, la construction individuelle et le sens de la souffrance où on se pose une question : y a-t-il un sens à la souffrance qu'on subit dans la vie ?"

Profondément marqué par les histoires très fortes de sapeurs-pompiers auxquels il est arrivé de graves accidents, Frédéric Tellier possédait l'idée d'un film, mais pas encore la construction de son histoire. Il lui aura fallu quelques rencontres pour débloquer la situation. "Les tragédies vécues par ces pompiers anonymes ou les différents grands brûlés que j'ai pu rencontrer par la suite m'ont apporté le contexte. J'ai ensuite trouvé des articulations et des repères dramaturgies en projetant un personnage, un pompier, au services des autres qui aurait tout, et qui se retrouverait grand brûlé". La force de SAUVER OU PERIR se trouve ici, dans la conviction de Franck qui est un excellent pompier alliant altruisme, exigence et solidarité. Mais lorsque tout bascule, il se retrouve face à une douleur physique et morale brutale. La partie psychologie n'est donc pas à

négliger et le metteur en scène a donc fait d'importantes recherches pour amener son personnage principal dans une nouvelle direction plus introspective. Mais l'histoire du film est avant tout celle d'un grand blessé et parle d'un cas particulier pour s'élargir au plus grand nombre. En effet, tout le monde a déjà connu un effondrement personnel, que ce soit un accident, une maladie ou le décès d'un proche. En cela, SAUVER OU PERIR dialogue avec son spectateur et lui ouvre une thématique forte : explorer nos malheurs pour faire prendre conscience de nos bonheurs.

A l'instar de L'AFFAIRE SK1, le cinéaste plonge littéralement dans l'univers qu'il décrit. "J'aime être précis" déclare-t-il "par disposition personnelle, je cherche à être honnête dans ce que je montre. L'approche réaliste que je m'impose des personnages et de leurs mécanismes psychologiques est une démarche cinématographique qui permet, je crois, d'être en immersion dans le sujet". Il lui faudra beaucoup de temps pour parfaire son récit qui embrasse deux univers différents, la vie de sapeur-pompier puis les accidentés de la vie. En mettant en avant la notion de groupe, il touche à l'aspect fondamental des sapeurs-pompiers qui doivent faire preuve de solidarité. C'est un métier où l'on offre son aide, mais, après le drame, la question est aussi d'accepter de se faire aider quand on a consacré sa vie à aider les autres. Une dualité exploitée dans le film qui épouse ensuite la forme du mélodrame pour toucher davantage.

Pour Tellier "le mélodrame est une tragédie au sens ancien et shakespearien. C'est un genre noble très impliquant pour le spectateur, et qui dépeint et creuse des sentiments dans tout leur paradoxe, leurs violences. C'est une anomalie de considérer que ce genre est déconsidéré !". Dans une époque qui se ferme à l'émotion, il est vrai que le mélodrame a de moins en moins sa place. C'est là toute la difficulté du cinéma actuel qui subit le cynisme ambiant des spectateurs qui ne parviennent plus à s'immerger dans des histoires fondatrices. Faire un film aussi douloureux, c'est déjà presque être taxé d'oeuvre tire-larme. Pourtant, charrier nos fêlures les plus profondes, n'est-il pas le but ultime de l'art ? 

SAUVER OU PERIR sort ce mercredi 28 novembre.

La bande-annonce est ci-dessous. 

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