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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de SAUVER OU PERIR

Publié le 30 Novembre 2018 par Romain Jankowski in critiques

En plongeant dans le milieu des pompiers, le cinéaste Frédéric Tellier tente le grand écart entre une première partie réaliste, cadrée, proche du reportage, et une seconde moitié plus romanesque et dramatique. On en ressort bousculé, attristé, mais également rempli de reconnaissance envers ces héros de l'ombre trop souvent relégués au second plan. Il est temps de les réhabiliter. 

Dans une mécanique de gestes, d'habitudes et de moments volés, SAUVER OU PERIR démarre avec une adresse folle. On y suit donc le jeune Franck Pasquier (Pierre Niney), pompier professionnel de Paris, qui s'entraîne dur chaque jour pour être le meilleur dans son domaine. Il est bientôt papa tandis que les paroles de sa femme s'échappent à l'écoute d'une sirène. Franck n'est pas vraiment là. Comme de nombreux collègues, être pompier n'est pas un métier mais plutôt une vocation qui se vit à chaque instant. Franck veut être le meilleur et il relègue tout le reste au second plan. Le cinéaste brode un portrait dénué de tout manichéisme, Pasquier étant loin d'être l'homme idéal. D'emblée, il joue donc avec le comportement et le caractère de son personnage principal pour l'emmener aux tréfonds de la souffrance dans le deuxième acte. Grâce à sa mise en scène parfaitement huilée (des fondus au noir comme autant de vignettes d'une vie repensée, un montage parfaitement géré dans sa construction du quotidien, la scène d'intro qui résonne tout de suite comme une note d'intention), Frédéric Tellier nous prépare au drame avec une force visuelle indéniable (des portes qui se ferment, Pasquier à l'intérieur d'un encadrement de fenêtre puis un travelling qui nous mène vers le basculement) et une séquence impressionnante : celle de l'incendie, parfaitement réaliste, au sound design terrifiant. 

Plonger ensuite au coeur d'une douloureuse reconstruction n'est pas chose aisée. C'est là qu'on sent toute l'empathie du cinéaste pour son sujet dans lequel il s'est plongé durant trois ans (voir notre article ici). Il n'épargne aucun problème, du bain antiseptique à la lente reprise de la parole, des envies d'un homme jusqu'au cauchemar de voir son visage brûlé, de ses colères de ne plus pouvoir être celui qu'il désirait au regard merveilleusement encourageant d'une infirmière (lumineuse Chloé Stefani). Cette seconde partie donne toute l'ampleur

à la première et fait rentrer SAUVER OU PERIR dans une autre dimension. Sans misérabilisme, sans excès d'émotion, la caméra suit Pasquier qui erre comme une ombre, un masque sur la tête qui ne dévoile que ses yeux et sa bouche. En prenant le choix du montage parallèle, Frédéric Tellier pouvait s'exposer aux bons sentiments. Mais là encore, ce n'est pas le cas, la psychologie de l'épouse étant parfaitement construite (Anaïs Demoustier apporte énormément de profondeur), renvoyant directement à cet accident qui a changé la vie de tout le monde et pas seulement celle du pompier. 

Dans des jeux de regards et d'une musique qui s'élève, SAUVER OU PERIR apporte la vie au centre de tout et décide de toucher le spectateur par sa force dramatique. La séquence du dîner est saisissante (lorsque Franck débarque dans l'appartement, le regard fuyant, ne reconnaissant plus cet endroit après des mois passés à l'hôpital) tandis que la plus belle restera celle où il se confie à l'infirmière dans un monologue assez exceptionnelle. Et pour porter les mots à l'écran, interpréter les situations avec une conviction au-delà de la moyenne, il fallait un acteur différent, hors normes. Pierre Niney confirme qu'il est celui-ci, un métamorphe capable de tout jouer avec la même justesse. Les émotions, il doit les faire passer par son physique et la force de son regard. Sa performance est d'une justesse épatante. 

Même si le film a un peu de mal à se terminer (on sent que le poids est lourd et qu'il faut commencer à l'alléger en enchaînant étrangement les moments de bonheur), il restera l'un des plus beaux de l'année et servira également à sensibiliser tous ces jeunes futurs héros du quotidien qui risqueront leur vie pour sauver celle des autres. 

 

AVIS GLOBAL : D'une précision remarquable, SAUVER OU PERIR est aussi poignant que juste, porté par l'exceptionnelle intensité de Pierre Niney. Avec sa mise en scène parfaitement soignée, Frédéric Tellier confirme les promesses faites avec son premier film, L'AFFAIRE SK1. 

NOTE : 16 / 20

 

SAUVER OU PERIR  1h50

Un film réalisé par Frédéric Tellier

Avec Pierre Niney, Anaïs Demoustier, Chloé Stefani, Vincent Rottiers. 

 

critique de SAUVER OU PERIR
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