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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LEAVE NO TRACE, LE RETOUR DE DEBRA GRANIK

Publié le 18 Septembre 2018 par Romain Jankowski in dossiers

Huit ans que Debra Granik n'était pas revenue à la fiction. Huit ans qu'elle a fait exploser aux yeux du monde entier le talent de Jennifer Lawrence dans le sublime WINTER'S BONE. Depuis tout ce temps, la réalisatrice s'est retirée, elle a observé ce qui se passait, mis en place son futur film tout en réalisant le documentaire STRAY DOG en 2014. On lui a bien proposé quelques blockbusters, mais elle les a refusés, ne voulant pas entrer dans un cercle hollywoodien qui ne lui plaît guère. Elle avait besoin de temps pour revenir avec une histoire qui la pousse à réfléchir sur le monde qui l'entoure. 

LEAVE NO TRACE sera donc une exploration mystérieuse et fascinante d'une existence vécue à la marge. Le film est adapté du roman L'ABANDON de Peter Rock. La cinéaste peut donc retrouver son chemin privilégié en explorant la vie des outsiders qui se battent pour garder leur indépendance. Elle trouve le coeur battant de son art dans cette façon de dépeindre les gens à la marge, ceux qui lui ressemblent.

L'histoire vraie sur laquelle est basé LEAVE NO TRACE est presque devenue une légende à Portland. Celle d'une fille et de son père, découverts alors qu'ils vivaient depuis 4 ans dans la réserve naturelle qui borde la banlieue de la ville. Ils ne s'y aventuraient que pour récupérer la pension d'invalidité du père et y acheter ce qu'ils ne pouvaient pas faire pousser. L'adolescente était en pleine santé, ne manquait de rien affectivement et son niveau scolaire était bien supérieur à celui d'autres enfants de son âge. Après avoir été placés dans un hara où le père pouvait travailler, le duo a disparu dans la nature. Peter Rock, intrigué par ce mystère, en a tiré une histoire fictionnelle qui remplit les trous de cette histoire, imaginant des détails impossibles à connaître.

La structure du film permet à Granik de conter l'intrigue sans figure de "méchant". Un père veut protéger sa fille de la société consumériste, mais lorsqu'ils sont contraints de vivre dans celle-ci, le chemin psychologique des deux personnages est privilégié. L'enjeu, c'est la survie, comme le rappelle la cinéaste "les enjeux sont aussi liés à la relation complexe entre Tom et son père. près leur expulsion du pars, où ils avaient un mode de communication et de structure qui

leur convenait, ils sont plongés dans un autre monde qui les oblige à en apprendre plus l'un  sur l'autre"

Avec le personnage du père (incarné par le toujours excellent Ben Foster), Granik revient à un sujet qui lui est cher et qu'elle a déjà exploré dans ses oeuvres précédentes : le retour à la vie quotidienne des soldats. "Je trouve les vies de vétérans très intéressantes, en particulier la façon dont la guerre affecte leurs vies à leur retour". L'éloignement à la société est donc vu à travers le stress post-traumatique d'un soldat. La réalisatrice voulait montrer une forme de "survivalisme" autant qu'un mouvement consistant à préserver la nature tout en appliquant les techniques de survie primitives. C'est le docteur Nicole Apelian, originaire de Portland, qui a donné de précieux à toute l'équipe en ce qui concerne la survie, lui qui a survécu 57 jours seulement équipée de son couteau et de ses talents dans l'émission TV intitulée ALONE.

Enfin, ceux qui ont vu le film au festival de Cannes ne parlent déjà que d'elle : Thomasin Harcourt Mckenzie. Etant apparue brièvement dans LE HOBBIT 3, la jeune actrice de 18 ans est prête à subjuguer le monde entier avec son interprétation dans LEAVE NO TRACE. Formidable directrice d'acteurs, Granik a peut-être fait éclos un deuxième phénomène après Jennifer Lawrence. L'avenir nous le dira...

LEAVE NO TRACE sort ce mercredi 19 septembre. 

(Re)découvrez la bande-annonce ci-dessous : 

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