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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

PARANOÏA, NEVROSE ET FOLIE CHEZ SODERBERGH

Publié le 30 Juillet 2018 par Romain Jankowski in analyses

Quelques mois après LOGAN LUCKY, Steven Soderbergh revient avec un nouveau film totalement différent tant au niveau technique que thématique (quoique). PARANOÏA ou l'histoire d'une femme internée contre son gré dans une institution psychiatrique. Et le début d'un cauchemar. 

ATTENTION, L'ARTICLE CONTIENT QUELQUES SPOILERS

Au bord de l'expérimental, Soderbergh réalise bien un film quelque peu avant-gardiste dans sa manière d'utiliser l'Iphone, avec lequel les prises de vues ont été réalisées. En utilisant différents objectifs, le cinéaste assène une vraie vision frontale de son histoire notamment dans quelques champs / contre champs troublants, où la caméra se colle au plus prés des visages. D'ailleurs, l'utilisation du téléphone permet des plans improbables et ce dès le début lorsque Sawyer travaille sur son bureau. C'est bien à ce niveau-là que PARANOÏA trouve sa véritable bizarrerie et s'inscrit totalement dans son sujet. En rendant sa mise en scène psychologique, Soderbergh plonge littéralement dans la psyché troublée de son héroïne. Même si le scénario préfère éviter avec justesse le coup du twist, il annonce une vérité qui n'est peut-être pas la bonne et, inversement, tend à regarder ses personnages avec empathie puis antipathie superposant des émotions contraires pour produire un vrai paradoxe (jusque cette incroyable superposition de plans lors d'une crise de délire).

D'ailleurs, l'intrigue joue constamment sur des dualités et la folie n'est pas toujours celle que l'on imagine. Ainsi, le harceleur de Sawyer est-il réel ? Vit-il dans sa tête ? La bonne idée est de

ne pas se baser sur ce suspense, vite éventé, pour miser davantage sur le combat d'une femme qui veut se délivrer de l'emprise d'un homme. Très pertinent fondamentalement et tout aussi bien exécuté à l'écran puisque Sawyer use de son intelligence pour le faire déjouer. Les séquences dans la chambre d'isolement sont d'ailleurs très réussies avec une nervosité de tous les instants. 

Au vu de la filmographie de Steven Soderbergh, PARANOÏA pourrait apparaître mineur, mais il reste pourtant assez riche dans ce qu'il veut montrer malgré quelques facilités évidentes (le harceleur est quand même sacrément résistant !) et une protagoniste assez peu attachante (malgré l'interprétation de Claire Foy). En démontant le système médical américain, en dénonçant les abus d'assurance et ces requins de la finance qui pensent avant tout à l'argent plus qu'aux patients, Soderbergh donne du poids thématique à son thriller et offre à nouveau le premier plan aux laissés-pour-compte (ce que faisait déjà LOGAN LUCKY). 

On attend désormais de voir les nouvelles expérimentations du cinéaste qui décide de tourner plus vite que son ombre, un nouveau film étant déjà bouclé depuis le début de l'année !

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