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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de DOGMAN

Publié le 24 Juillet 2018 par Romain Jankowski in critiques

Après les errements que sont REALITY et TALE OF TALES, on attendait Matteo Garrone au tournant après le choc déjà lointain de GOMORRA. Reprendre l'un des faits divers les plus discutés en Italie (un malfrat est tué par un toiletteur pour chien), c'est retrouver le cinéaste intransigeant et froidement cruel que l'on avait apprécié. 

Tout commence par une séquence visuellement éloquente : Marcello, le toiletteur, tente de dresser un dogue argentin puissant et rageur. Une image forte qui renvoie directement au reste du long-métrage. Capable de contrôler des animaux déchaînés, Marcello ne peut stopper la violence qu'un certain Simoncino exerce sur lui. Et sur tout le quartier. Seulement que faire ? Prévenir la police ? Le tuer ? Tout est envisagé mais reste que personne ne fait rien. On suit alors un Marcello parfois résistant qui doit se soumettre à la force tétanisante de cet ancien boxeur complètement accro à la cocaïne et qui ne pense qu'à s'enrichir illégalement. Dans son décor proche de la dystopie, Garrone construit une intrigue mentale flippante.

Ce qu'il raconte des laissés-pour-compte et de ceux qui subissent la loi du plus fort fait froid dans le dos. Dans un lieu déshumanisé, personne ne peut combattre l'animal, qui représente l'alpha, dans une sorte de jungle ramenant l'Homme à ses instincts primaires. Garrone joue cette carte du Monstre qui erre dans la nuit, rôdant en quête d'un sens de vie qui n'existe plus pour lui. DOGMAN est alors une expérience de mort et celle de ce petit homme sans histoire, sans véritable caractère ni but, ce Marcello que tout le monde apprécie, mais que personne ne voit véritablement. L'acteur, Marcello Fonte, crève l'écran et mérite amplement le prix reçu à Cannes. Il y a dans ses yeux une résiliation touchante autant qu'une démarche pesante comme appesantie d'un poids trop lourd pour ses frêles épaules. Le film lui doit évidemment beaucoup, même s'il ne faut pas oublier la bestialité de l'imposant Edoardo Pesce dans la peau de Simoncino.

Mais Garrone se heurte tout de même à la folie humaine qu'il tente de mettre en scène. Il en oublie quelque peu la profondeur et le coeur ce qui renforce l'implacable antipathie de son film. DOGMAN n'est pas là pour transmettre, mais plutôt pour inviter le spectateur à regarder l'inévitable et progressive fin. Et c'est dans cette configuration qu'il loupe un peu sa dernière partie, bien trop confuse, qui surligne un propos pourtant bien tenu jusque là. Il déroute jusque ce dernier plan, d'une puissance phénoménale. 

 

AVIS GLOBAL : Dur et sombre, le nouveau film de Matteo Garrone ne fait pas dans la demi-mesure et effraie par sa vision d'un monde qui s'écroule. Dans un décor presque apocalyptique, il est bien aidé par Marcello Fonte, impressionnant dans le rôle-titre.

NOTE : 14 / 20

 

DOGMAN  1h43

Un film réalisé par Matteo Garrone

Avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Adamo Dionisi, Alida Baldari Calabria. 

critique de DOGMAN
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