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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

THERE WILL BE BLOOD, DELIQUESCENCE D'UN MONDE

Publié le 6 Juin 2020 par Romain Jankowski in analyses

Il y aura du sang. C'est la promesse du titre. Dans la culture populaire, le sang de la Terre signifie le pétrole et le "blood" représente donc également ce minéral que la planète bleue contient. Paul Thomas Anderson réalise ce film en 2007 et s'apprête à mettre un sacré uppercut à l'Amérique. 

Dans une séquence inaugurale mutique, le cinéaste impose déjà un geste cinématographique gravé dans les mémoires : pas une source de dialogue, mais des gestes, une mécanique qui s'installe, une musique presque opératique qui nous présente un univers aux atours grandioses puisqu'il définira évidemment le futur de l'Homme. Puis, un homme en sort, Daniel Plainview, et va donc faire fortune en rachetant des terrains pour presque rien et exploiter une population pauvre en leur vendant prospérité et parts inexistantes. Le rapprochement avec les colons est évident tandis qu'Anderson s'attache également à explorer une partie de l'Histoire que le cinéma a souvent oublié : le début du XXème siècle jusque la crise de 1929.

Esthétiquement somptueux, THERE WILL BE BLOOD représente tout ce que le cinéaste parvient à créer à chaque image, c'est à dire une idée lourde de sens. Que la scène s'étire ou qu'elle s'enchaîne plus rapidement, Anderson tire le maximum par l'image dévoilant son histoire par des thèmes terrifiants (le mensonge, la domination de l'Homme sur l'Homme, la folie du pouvoir et de l'argent) et des personnages complexes. La richesse du film et ses différents niveaux de lecture sont presque inépuisables. 

Et puis, il y a Daniel Day Lewis qui trône encore tout en haut. Avec ses yeux de serpent et son

visage brut, il démontre une force d'expression stupéfiante. Tous les superlatifs du monde ne rendraient pas justice à son interprétation imprimée dans les mémoires cinéphiles. Son duel face à Paul Dano en prêtre escroc est lui aussi empreint d'étrangeté, comme une relation de fascination / répulsion qui ne peut que finir mal. Jusque cette scène finale terrassante qui se terminera également dans le sang. 

Rongeant toute son âme et s'appuyant sur une fortune abondante, Plainview se pense supérieur à Dieu lui-même, en témoigne cette scène culte de la fausse confession qui lui servira ensuite à construire son pipeline sur un terrain qu'il convoitait. La religion est évidemment fortement abordée dans le film, mais elle trouve également son inutilité à travers le parcours même de ses personnages : se moquant d'elle ouvertement, abandonnant un fils qui n'est pas le sien, n'ayant aucun scrupule à exploiter les pauvres gens, tuant librement, Plainview n'a aucune limite. Et le prêtre n'est-il pas lui aussi obsédé par l'argent ? La course au profit tue l'humanité ou n'importe quelle croyance et c'est bien là la finalité d'un chef-d'oeuvre qui prendra plus de force encore au fil des années.

THERE WILL BE BLOOD, DELIQUESCENCE D'UN MONDE
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