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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LE VENT DE LIBERTE DU CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 60

Publié le 13 Août 2020 par Romain Jankowski in Histoire du cinéma

Quatre mots pour décrire cette nouvelle ère du cinéma américain : des auteurs en liberté. La fin des années 60 sonne le glas d'une certaine Amérique. C'est la fin de l'innocence et l'avénement d'une contre-culture plébiscitée par les nouvelles générations. Hollywood doit se remettre en question comme ses amis européens qui ont pris le pouls d'une nouvelle forme de cinéma avec la Nouvelle vague en France, par exemple, mais également au Japon, en Allemagne ou encore en Espagne.

En 1960, la déconnexion entre Hollywood et le public est manifeste. Tandis que la décennie est secouée par le terrible assassinat de J.F Kennedy et que la guerre du Vietnam divise le pays tout entier, la fréquentation dans les salles de cinéma est en chute libre. Avec ce contexte lourd, les films familiaux à grand spectacle aussi conventionnels que politiquement correct, monopolisent largement les écrans. Entre héroïsme forcé, comédies musicales pleines de bons sentiments et le western qui décline, la nouvelle génération veut du changement à l'instar d'une société qui se renouvelle. Sous l'influence des cinémas européens, audacieux et modernes, un courant alternatif apparaît timidement au début des années 60. Avec les films de John Cassavetes, le cinéma indépendant inaugure un ton personnel, proche du documentaire, comme dans SHADOWS où les dialogues sont improvisés. Un beau succès pour ce film qui marque les esprits, même si le procédé a encore un peu de mal à prendre auprès du public, mais que certains cinéastes de renom vont relayer à travers les majors eux-mêmes : Alfred Hitchcock lance la première salve avec PSYCHOSE (1960), Stanley Kubrick bouscule avec LOLITA (1962) et John Schlesinger impressionne avec un ton réaliste inédit dans son fabuleux MACADAM COWBOY en 1968. 

Mais en vérité, le premier coup de pied dans la fourmilière a eu lieu un an auparavant avec un film désormais culte : BONNIE AND CLYDE, réalisé par Arthur Penn en 1967 avec Faye Dunaway, Warren Beatty et l'inconnu (à l'époque) Gene Hackman. Ce film de braquage tranche par une distance ironique et des héros ambigus. Surtout, il dépeint une violence impressionnante pour l'époque dont la scène finale, longtemps attitrée par "scène de mort la plus sanglante de l'Histoire du cinéma". Scandalisés par la violence dite "choquante", les pontes de la WARNER décide de ne laisser le film que deux semaines à l'affiche et demande des explications au cinéaste qui leur rétorque "qu'en pleine guerre du Vietnam, la

violence ne peut pas être immaculé ou aseptisé". Mais le studio va revoir ses plans : le film est un carton en Europe. La WARNER ressort alors le long-métrage aux Etats-Unis qui devient l'un des films les plus rentables du cinéma. 

Plus qu'un carton, BONNIE AND CLYDE révélé de nouveaux spectateurs, amènent le goût du cinéma à ceux qui s'en détachaient et ramènent ceux qui le désertaient. Fans de rock'n roll et pacifistes, ces nouveaux spectateurs cherchent dans les salles obscures un écho à leurs préoccupations et une alternative aux programmes pleins de sentimentalité à la télévision. La confrontation face aux parents conservateurs est en marche. 

Puis, comme un appel rassembleur qu'une époque désigne, un film va devenir l'étendard de toute une génération. L'oeuvre qui achève l'évolution engagée, transgressant toutes les règles établies : EASY RIDER. Inspiré par la Nouvelle vague, le cinéaste-acteur Dennis Hopper conserve les imperfections visuelles ainsi que la bande-son provisoire. Il faut rappeler que durant le tournage, les acteurs improvisent leurs dialogues, que Hopper engage des gens rencontrés au hasard et qu'il enchaîne les prises de vues sans se soucier d'une continuité visuelle. EASY RIDER est alors un pamphlet contre les préjugés de l'Amérique profonde, l'illustration d'un esprit de liberté issu du mouvement de 1968. L'idée vient de Peter Fonda puis il co-scenarise le film avec Dennis Hopper qui voit l'histoire comme un western moderne et sarcastique où deux hippies pacifiques quittent Los Angeles pour se rendre au carnaval de la Nouvelle Orléans. Le road-movie est né.

Viendront alors plusieurs autres films (dont le phénoménal MASH de Robert Altman) qui confirment le retour des spectateurs dans les salles. Malgré le succès, Hollywood sait qu'il s'est fait braquer de l'intérieur et la reconstruction sera longue. Les studios entrent alors dans une transition pour ce qui marquera la fin de ce qu'on appelle "le vieil Hollywood". Bientôt, Coppola, Spielberg et Scorsese règneront. 

 

LE VENT DE LIBERTE DU CINEMA AMERICAIN DES ANNEES 60
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