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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

DEMINEURS, LA GUERRE SELON KATHRYN BIGELOW

Publié le 24 Mai 2020 par Romain Jankowski in analyses

En 2010, DEMINEURS arrive sur le devant de la scène pour un détail (de taille) : le film réalisé par Kathryn Bigelow rafle six oscars au nez et à la barbe d'AVATAR qui en totalisera trois (uniquement techniques) ! Avant cela, les critiques ont été dithyrambiques, saluant la réalisatrice dans son approche de la guerre.

Près de dix ans après sa sortie, qu'est-il resté de ce DEMINEURS ? Sans élan politique, la cinéaste s'est intéressée aux hommes et surtout à un domaine très peu traité au cinéma, celui des démineurs. En suivant un quotidien répétitif, mais constamment sous haute tension, elle aligne des séquences forcément haletante, usant de gros plans, de zooms, de dé-zooms. S'inscrivant dans la faculté des cinéastes contemporains à questionner l'Histoire récente (beaucoup de films sur le conflit au moyen-orient a déjà vu le jour depuis le 11 septembre 2001), DEMINEURS ne dispose d'aucune idéologie politique, ne s'embarrasse pas de discours factices. En plongeant directement dans l'action dans une séquence inaugurale assez stupéfiante, Bigelow embrasse ensuite le récit d'un homme : le sergent William James (habité Jeremy Renner).

N'hésitant pas à braver toutes les voies hiérarchiques pour agir selon son instinct, ce personnage donne une tournure assez inattendue à l'ensemble puisque chacun de ses actes se révèle être un danger pour lui et son équipe. Surtout, Bigelow tire le portrait d'un homme dont la douleur est celle de n'être accro qu'à une chose : l'adrénaline. Etre en danger devient une sensation bénéfique pour lui, son physique encaissant tous les coups (même une sacrée gauche au visage de la part du sergent Sanborn), ses pensées n'étant tournées que vers le lendemain. Parfois apaisé avec le jeune Beckham qui devient un peu sa garde protégée, parfois

mélancolique quand il pense à sa famille, James est un personnage énigmatique et profond alors que Bigelow se garde bien de révéler tous les secrets qui l'habitent, distillant par de subtiles touches sa psychologie. 

A aucun moment, la réalisatrice ne fait de son personnage un héros. Certains lui ont reproché une lecture idéologique dans certaines scènes en faisant l'apologie de la guerre. Il n'en est rien et le recul des années le confirme. Non, Bigelow se contente d'observer avec honnêteté une réalité dérangeante, celle de ces hommes accros à la guerre. Le plan de James face aux corn-flakes dans un rayon de supermarché résume tout : le consumérisme américain, le contraste violent entre les champs de mine et le choix dérisoire d'un paquet de céréales ou encore l'ennui de James devant la vie quotidienne.

Le dernier point est le manque de visibilité. L'ennemi n'a pas de visages, pas de tenues, il se fond dans la masse, chaque habitant devenant une menace même s'il ne fait rien de...menaçant. Exemple ? Quand Bigelow construit une scène de suspense, elle le fait avec deux éléments : un homme dans son taxi, James qui le menace de son flingue. Une tension extrême, trois minutes de montage stupéfiant. Autre flou, la séquence du désert quand l'absurde atteint son paroxysme lorsque les américains sont à deux doigts de se tirer dessus ! Elle termine son histoire par une scène poignante : un homme est prisonnier d'une ceinture explosive. Manquant de temps pour le sauver, James doit l'abandonner à son funeste sort. Une séquence terrible qui finit de faire le tour d'un quotidien marqué par la mort où la vie bascule sur des détails. 

DEMINEURS, LA GUERRE SELON KATHRYN BIGELOW
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