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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de PENTAGON PAPERS

Publié le 25 Janvier 2018 par Romain Jankowski in critiques

Après un an et demi d'absence, Steven Spielberg revient avec PENTAGON PAPERS, l'affaire qui a défrayé la chronique aux USA en 1971. Ce dossier contenant des milliers de pages classées secret défense révélait la vérité de la mascarade que représentait la guerre au Vietnam. Le WASHINGTON POST sera alors face à un dilemme : publier ou ne pas publier.

On comprend vite pourquoi le cinéaste s'est penché sur cette histoire : l'humanité d'une femme qui doit se battre face à une hiérarchie masculine, le combat démesuré entre la presse et le gouvernement, le sacrifice patent d'une jeunesse pour éviter une simple défaite de guerre, l'éclatement d'une vérité rétablissant l'ordre. Beaucoup de thèmes du film renvoient à d'autres d'une filmographie très riche et diversifiée. L'Histoire est le culte de Spielberg, de la seconde guerre mondiale (IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN, LA LISTE DE SCHINDLER) en passant par la guerre froide (LE PONT DES ESPIONS), la guerre de Sécession (LINCOLN) ou encore l'esclavagisme (AMISTAD). Cette fois, il fait son film sur la guerre du Vietnam, sans montrer le terrain que l'on a maintes fois vu dans d'autres oeuvres (il s'autorisera tout de même une introduction guerrière proche d'une séquence horrifique avec sound design soigné et image ténébreuse). Non, ici il dévoile les coulisses d'un autre combat, celui de la liberté de presse sur une terrible vérité. 

Avec ses séquences admirablement dialoguées, PENTAGON PAPERS a surtout le mérite d'être clair, précis et détaillé à la fois. Surtout pour nous, européens, les juridictions et autres problématiques concernant la publication des documents auraient pu nous paraître très abstraites. C'est là que le savoir-faire presque unique de Spielberg entre en jeu. Il a toujours su, même en traitant le plus compliqué des sujets, rester abordable et universel. Il garde cet équilibre incroyable entre richesse thématique et simplification narrative pour toucher le plus grand nombre. Ainsi, la fluidité du récit fait mouche et décolle vraiment après une première demi-heure un peu lente. 

Pour que la vérité éclate, les amitiés doivent être rompues. Les dilemmes ne sont pas

seulement moraux, mais également personnels. Meryl Streep apporte une grande humanité à Kay Graham, cette boss du WASHINGTON POST (la seule à l'époque à s'occuper d'un journal) qui subit chaque jour le rabaissement plus ou moins évident de ses homologues masculins. Sa force intérieure contraste avec sa fragilité extérieure, sa maladresse qui conforte le point de vue de ses financiers (elle arrive au restaurant et fait tomber une chaise, par exemple) qui ne voient en elle aucune direction claire. Son combat résonne bien sûr d'une manière très forte aujourd'hui et son parcours reste édifiant. La très jolie scène entre le couple Bradlee (Tom Hanks et Sarah Paulson) en témoigne : son courage est remarquable. 

La mise en scène au cordeau (toute la presse est auscultée, du correcteur au livreur) et l'urgence pressante du récit (ils n'ont que huit heures pour éplucher 4000 pages !) donnent beaucoup de souffle à ce PENTAGON PAPERS qui joue aussi sur l'immobilisme dans de grandes demeures paisibles, dans un mouvement de contraste évident avec l'horreur de la jungle vietnamienne. Le combat des mots et la liberté de la presse sont des valeurs essentielles que notre époque contemporaine tend à oublier, peu aidée par certains chefs d'Etat souhaitant la mort du journalisme indépendant. 

 

AVIS GLOBAL : Steven Spielberg orchestre une course contre-la-montre pressante, nous dévoilant un combat important pour la vérité. L'humanisme débordant du récit montre à quel point certaines libertés ne doivent jamais être bafouées. Sans oublier un duo Hanks-Streep parfait.

NOTE : 16 / 20

 

PENTAGON PAPERS   1h55

Un film réalisé par Steven Spielberg

Avec Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson, Bob Odenkirk.  

critique de PENTAGON PAPERS
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