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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de IN THE FADE

Publié le 24 Janvier 2018 par Romain Jankowski in critiques

Le réalisateur de THE CUT parle de son pays à travers le prisme du terrorisme, celui de la vague néo-nazi appelée NSU (Clandestinité Nationale-Socialiste) qui a sévi de 2000 à 2011 faisant une dizaine de morts. Voulant humaniser des victimes trop souvent résumées à des chiffres, Fatih Akin ne réussit pas tout ce qu'il entreprend, mais les faiblesses sont compensées par une Diane Kruger totalement habitée. 

L'actrice qui a gagné le prix d'interprétation féminine au dernier festival de Cannes est terrassante dans ce rôle de mère désespérée par la mort de son fils et de son mari. La subtilité de son jeu laisse pantois, parvenant à rendre chaque émotion palpable là où le surjeu aurait pu

briser ce difficile équilibre. Elle hante chaque plan, chaque situation, chaque dialogue. Un personnage fort et fragile à la fois, passant par trois phases tout comme le scénario : le drame, la justice, la vengeance. 

Trois films en un, découpés avec soin par un cinéaste qui s'éparpille un peu trop souvent au cours d'une intrigue à la fin terriblement abrupte (et qui a pris de sérieuses critiques virulentes au festival). Akin ne guide pas le spectateur, il le place juste dans une situation tragique pour le questionner sur son propre point de vue : quand la justice ne prend pas les mesures, doit-on agir pour guérir sa souffrance ? Le vrai problème de IN THE FADE c'est son déséquilibre thématique, hésitant entre l'inconnu et le vrai message anti-nazi. De l'aveu même du cinéaste, il a longtemps voulu son film comme un brûlot face aux actes de ces personnes animées par la haine des étrangers avant de prendre le point de vue unique du personnage de la mère, gardant un flou (et une "universalité) par rapport aux actes commis. Un choix qui le perd forcément un peu, rendant l'ensemble un poil plus convenu. 

Il y a néanmoins de vrais bons moments dans cette ode vengeresse, surtout lors des deux dernières parties (la première étant la moins convaincante) qui voit la mère face aux meurtriers. Les visages impassibles, la mise en scène clinique, les regards perdus, les séquences dans le tribunal confinent à l'angoisse et à l'étouffement, nous prenant comme témoin d'une justice finalement impuissante face à cette forme de menace. La dernière, élégiaque, pose le problème plus profond de l'impossibilité d'oublier le passé ainsi que du désir de la vengeance face aux individus qui ont enlevé la vie gratuitement. Les derniers plans résonnent plus largement (et froidement) comme de durs répercussions d'un passé (le troisième reich) encore tenace, dispersant ces cendres dans le coeur d'une jeunesse désoeuvrée...

 

AVIS GLOBAL : Poignant, IN THE FADE l'est assurément grâce, notamment, à la force d'interprétation de Diane Kruger, très justement récompensée. Si la première partie souffre d'un surplus de pathos, le film prend son rythme pour ne plus lâcher son spectateur. Edifiant.

NOTE : 14 / 20

 

IN THE FADE   1h48

Un film réalisé par Fatih Akin

Avec Diane Kruger, Denis Mochitto, Numan Acar, Johannes Krisch.

 

critique de IN THE FADE
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