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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LA NOSTALGIE, LE NOUVEL ELDORADO DU CINEMA AMERICAIN

Publié le 6 Octobre 2017 par Romain Jankowski in analyses

Ah le passé ! C'était toujours mieux avant, c'est un adage bien connu. Tout le monde aime se rappeler ses fantasmes d'enfance, ses rêveries, son insouciance. Parce que le présent est parfois dur et que la vie d'adulte n'épargne rien (ni les années, ni les esprits qui ne croient plus aux rêves), la nostalgie est un acte de souffrance puisqu'il renvoie à de joyeux moments (qui sont gravés dans nos mémoires, de manière plus ou moins réelle). En manque d'audace, de

mythe moderne et excluant les risques, Hollywood a fait de ce ressentiment un business lucratif. 

Reboot, sequels, préquels, vous connaissez le jargon. La nostalgie s'effectue également sur des époques, et comme ceux des années 80 s'inspiraient des années 50-60, les artistes des années 2010 s'inspirent des années 80, celles qu'ils ont vécu enfants. La nostalgie est toujours nostalgique d'une autre nostalgie. Les années 80 sont une décennie de véritable fertilité artistique où quasiment tous les mythes modernes sont encore aujourd'hui très présents. Sans oublier l'essor du jeu vidéo, des clips, de la musique électronique, des années dorées que les spectateurs aiment retrouver. Le cinéma, à l'instar de la musique, est rentré dans le rang et propose désormais des retours jusqu'à l'écoeurement. Même la télévision s'y est mise. Seulement, l'Amérique a toujours tendance à tendre un miroir déformant : socialement et politiquement, la toute puissance mondiale n'était pas au mieux. 

Qu'est ce qui marchait tant durant cette décennie ? D'abord un univers esthétique, synthétisé par la puissance visuelle d'un Steven Spielberg et de ses productions AMBLIN. Joe Dante, George Lucas, Robert Zemeckis, Ridley Scott et même John Carpenter dans son style ont contribué à rendre ces années comme une véritable référence moderne. D'abord parce que le cinéma est un art jeune et que chaque décennie compte (à la différence des peintures ou de la littérature, présentes depuis des siècles). Surtout parce que tout en s'inspirant de leurs aînés, ces cinéastes sont parvenus à créer de véritables mythes, des personnages iconiques , éloignés du merchandising abusif de notre époque. Presque malgré eux, ils ont crée des icônes. Stephen King, par exemple, se servait de ses références pour matérialiser ses propres peurs et les coucher sur papier. Aujourd'hui, les studios ont pour but de sortir du lot pour ramasser un maximum d'argent, cloisonnant les cinéastes pour qu'ils respectent le cahier des charges, en ne sortant pas des sentiers battus. Ainsi, les personnages deviennent souvent des caricatures des autres. Combien de fois le parcours d'un Luke Skywalker a été copié ? 

Incapable de soumettre de nouvelles références (hormis Harry Potter, quel personnage est véritablement né dans les années 2000 ?), les studios se tournent vers ce qui a fonctionné. Ainsi, JURASSIC WORLD a ouvert la porte. La porte à une certaine définition du n'importe

quoi. Avec 1,6 milliard de dollars de recettes, tout le monde a compris que la nostalgie serait un business. Un business rapide et presque déjà essoufflé. D'accord, ÇA cartonne, STRANGER THINGS (la série qui copie toutes les idées des années 80, mais qui le fait bien) est un phénomène, mais le reste est à la ramasse. Visiblement, personne ne voulait voir un reboot féminin de SOS FANTOMES, comme personne n'aimerait une nouvelle version de E.T. Sony va persister en sortant JUMANJI 2 en décembre prochain. La nostalgie, oui, le copiage, non. Evidemment, STAR WARS résiste car il n'est pas dans la même catégorie. Mais la problématique arrive dans les films eux-mêmes : parsemés de clins d'oeil pour faire plaisir aux fans, ces histoires deviennent des parodies d'eux-mêmes. C'est le cas d'ALIEN COVENANT, incapable d'instaurer le moindre enjeu et reprenant la même structure que son film originel. LE REVEIL DE LA FORCE est ainsi monté, incluant les mêmes noeuds dramatiques que son aîné. 

Revenir dans le passé est une donnée que les cinéastes aiment notamment J.J Abrams, le spécialiste du genre. SUPER 8 en est un parfait exemple. Notre époque doit s'inspirer tout en se renouvelant et parvenir à enfin se dessouder d'un passé trop encombrant et d'une créativité bridée. Tout en s'inspirant, il faut se libérer d'une nostalgie qui va forcément s'effondrer à un moment.   

LA NOSTALGIE, LE NOUVEL ELDORADO DU CINEMA AMERICAIN
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