Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

PETER BERG, REALISATION DECRYPTEE

Publié le 19 Août 2017 par Romain Jankowski in analyses

Il est cet américain posé, casque vissée sur la tête et drapeau écorné au fond du mur. Pourtant, ses films résonnent patriotes, mais ce n'est qu'une image lui qui décèle le moindre détail de la middle class ou d'une armée morcelée. Hormis l'accident BATTLESHIP, Peter Berg assoit une carrière étonnante. 

LE BANAL SUBLIMÉ

D'abord, c'est là qu'il trouve sa plus grande force et en particulier dans ses deux derniers films, DEEPWATER et TRAQUE A BOSTON. Deux catastrophes (l'une sur une plateforme pétrolière, l'autre lors des attentats au marathon de Boston) qui s'autorisent une superbe présentation de plus d'une demi-heure où les personnages sont remarquablement caractérisés. Il ne lui suffit que de quelques plans, un mégot laissé sur le bord par J.K Simmons dans TRAQUE A BOSTON pour montrer que rien de terrible de ne se passe jamais à cet endroit, à tel point qu'on peut y retrouver sa cigarette en sortant du magasin. De l'autre, une scène furtive sur deux hommes dans DEEPWATER qui parlent de projets d'avenir. L'idée que la catastrophe va arriver sublime forcément ces moments de vie terriblement banals qui vont s'envoler avec fracas. Lorsque l'on sait que c'est le dernier jour d'une personne, chaque geste ou situation devient plus important. 

 

PERSONNAGES FORTS

On l'a cité plus haut, mais les personnages de Peter Berg sont toujours très caractérisés et sont des hommes ou des femmes ordinaires plongés dans une situation extraordinaire. Même dans le mauvais BATTLESHIP, il parvient à donner un semblant d'âme au protagoniste interprété par Taylor Kitsch. Dans LE ROYAUME, il lui ne faut que quelque plans pour installer Fleury (Jamie Foxx). Il a réussi à donner un côté décomplexé à son super-héros dans HANCOCK et parvient à faire encore mieux avec ses trois derniers films. En trouvant Mark Wahlberg, le summum de l'américain polymorphe qui peut tout jouer et surtout l'américain middle class, Berg a trouvé un point d'ancrage idéal pour illustrer à la fois le quotidien et

l'action éprouvante. Dans DU SANG ET DES LARMES, son personnage reste humain, mais s'engouffre dans une violence pour sauver sa peau. Même constat dans TRAQUE A BOSTON où il devient animé par la vengeance. Souvent en réaction, il n'en demeure pas moins un attachement à sa famille dévoilé dans quelques plans précis. FRIDAY NIGHT LIGHTS est également l'un des films les plus intimes du réalisateur puisqu'il raconte l'héroïsme à travers le football américain dans une petite ville. 

 

UNE ACTION SECHE ET IMPRESSIONNANTE

Souvent vu comme un ersatz de Michael Bay, Peter Berg n'a pourtant pas grand-chose en commun avec lui. BATTLESHIP ressemble un peu à TRANSFORMERS, et encore. Non, franchement cette idée est facile et peu crédible. Lorsque l'action se déchaîne, on remarque tout de suite deux styles différents, et c'est encore plus flagrant dans TRAQUE A BOSTON où la fusillade de fin est un sommet de découpage et de gestion de l'espace. Puissante, mais également très frontale où la caméra se pose du côté des traqueurs et des traqués dans un jeu de mort à couper le souffle. Il avait déjà prouvé dans LE ROYAUME qu'il savait retranscrire à l'écran l'intensité d'une bataille avec ce morceau de bravoure final de plus d'une demi-heure. Dans DEEPWATER, l'explosion de la plateforme est un déchaînement sonore et visuel représentant l'enfer dans toute son énorme

proportion. Quant à DU SANG ET DES LARMES, Berg tient le spectateur en haleine pendant plus d'une heure avec cet étouffant affrontement entre soldats dans les montagnes. Là aussi, un sommet. 

 

UNE FIBRE PATRIOTIQUE ABIMÉE

Oui, Peter Berg raconte l'Amérique et sublime la force de ses habitants parfois (dans TRAQUE A BOSTON ou FRIDAY NIGHT LIGHTS). Mais l'ambiguïté est une constante de son cinéma. LE ROYAUME s'ouvre sur l'une des meilleures séquences introductives de ces dernières années avec l'Histoire concise et précise sur la relation difficile entre l'Occident et les pays du Moyen-orient. Une incompréhension qui se transforme en colère puis en guerre. La scène finale rejoint par un cycle terrifiant ce point de départ. Il égratigne les patrons assoiffés de profits malgré des mises en garde proférés par les ouvriers dans DEEPWATER, choisit de montrer l'humanité en Afghanistan lorsque le personnage joué par Wahlberg est blessé dans DU SANG ET DES LARMES, profite de plusieurs instants pour poser un regard interrogateur sur son pays. La guerre et la violence sont deux composantes de son cinéma, mais il les regarde non comme une victoire mais comme une désolation qui ne cessera probablement jamais.   

PETER BERG, REALISATION DECRYPTEE
Commenter cet article