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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

OKJA, UN FILM INDISPENSABLE

Publié le 4 Juillet 2017 par Romain Jankowski in analyses

On ne va pas revenir ici sur la nature de la polémique, un débat sans fin sur la légitimité ou non de NETFLIX ou plus largement de la VOD, ni tenter de définir ce qu'est le cinéma et son rapport à la salle. Non, on va juste parler d'un film, d'une histoire, celle d'un réalisateur majeur de ces

dernières années (Bong Joon Ho, auteur de THE HOST et SNOWPIERCER, entre autres) et le portrait terrifiant d'une époque sans âme.

OKJA n'est pas seulement une satire facile sur le monde de l'entreprise et en particulier celui de l'agro-alimentaire. Il est d'abord rythmé par une histoire d'amitié, celle du super-cochon Okja et de la petite fille des montagnes, Mija. Après une introduction en forme de faux-semblants, filmée du point de vue du corporatisme (Tilda Swinton est fabuleuse en Lucy Mirando), le cinéaste pose sa caméra sur le coeur même et devient en quelques instants un concentré d'émotions simples et naturelles qu'un Miyazaki n'aurait pas renié. Les images de synthèses pour représenter Okja sont très bonnes et le travail sur ses yeux, impressionnant. En même temps, nous ne sommes pas ici dans une petite production (on parle d'une cinquantaine de millions) et les scènes d'action sont également présentes dont une course-poursuite haletante entre deux camions.

Bong Joon Ho ne baisse que rarement le pied et transforme son film en un mélange profond d'entertainment, d'auteur, d'action et de sentimentalisme mesuré. Son travail sur les personnages est pertinent malgré l'abattage trop excessif de Jake Gyllenhaal en présentateur has been. En revanche, la mélancolie de Paul Dano dans le rôle du défenseur des animaux Jay, apporte toute sa fraîcheur dans une interprétation touchante. Evidemment, c'est la petite Ahn Seo-hyeon qui remporte tous les suffrages dans la peau de la géniale Mija, enfant sans parents qui se bat pour retrouver celle qui la comprend mieux que quiconque (fabuleuse séquence du sauvetage d'Okja sur la falaise où la synergie entre animal et humain fonctionne à plein). 

Enfin, la métaphore tire aussi bien du côté de la fable existentialiste que de la satire anticapitaliste, donnant lieu à des passages mémorables comme ceux de la soeur jumelle de Lucy ou la terrible séquence finale. Restant prudent avec ce sujet, le cinéaste le montre avec parcimonie avant de céder forcément à l'émotion. Une émotion dure et nécessaire pour un Mal, celui du corporatisme, qui ronge un monde où les valeurs se sont perdues dans une course au profit inarrêtable. Pour prouver son ironie, l'achat final résume à lui seul le sous-texte de l'ensemble. 

Bardé de qualités, OKJA est un vrai film magnifique, porté par une bande-son sublime et une histoire touchante et frondeuse. On aurait forcément aimé le voir au cinéma, mais c'est un petit regret en comparaison du grand moment qu'il nous fait passer. 

 

OKJA  1h58

Disponible sur Netflix

Un film réalisé par Bong Joon Ho.

OKJA, UN FILM INDISPENSABLE
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