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L'antre du cinéphile

L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Publié le par Romain Jankowski

En adaptant la pièce écrite par le grand August Wilson (dramaturge encore trop inconnu en France), Denzel Washington (qui l'avait déjà jouée à Broadway) s'empare d'une histoire hybride, entre théâtralité et véracité des sentiments. Son film n'essaie pas d'être trop cinématographique et reprend beaucoup des codes du théâtre (les transitions, les décors). Ce qui aurait pu être une faiblesse, Washington la transforme en force émotionnelle, inébranlable et droite. A l'image d'un personnage principal hors normes. 

L'Amérique des années 50 vu par un homme, Troy Maxson, éboueur la semaine et qui n'attend que le week-end pour boire son verre au bar du coin et refaire le monde avec sa famille et son pote Bono. Sauf que la première séquence, joviale et trompeuse, joue avec l'une des nombreuses parts de cet être blessé par la vie : l'humour. Mais très vite, Troy s'avère être un homme écrasant voire humiliant avec les autres et notamment avec ses deux fils, Lyons et Cory (Russell Hornsby et Jovan Adepo, excellents). Il n'y a qu'une personne qu'il traite convenablement, sa femme aimante rose (époustouflante Viola Davis), même si les coups qui lui portent sont toujours hors champ (quelques phrases nous le font penser). De scène en scène, notre regard change sur Troy, passant de l'admiration au dégoût, de la pitié au rejet. Parce que ce Noir, comme il aime s'appeler, dénonce un racisme qu'il a subi et se méfie du progressisme de la jeunesse incarné par Cory, son plus jeune fils. Il veut devenir un joueur de base-ball professionnel, mais il est constamment freiner par son père qui est rongé par ses propres regrets. En effet, il a failli rejoindre la MAJOR LEAGUE à une époque où les Noirs n'étaient que rarement acceptés. Depuis, il rumine et étouffe les autres. Il représente cette clôture (fences an anglais), celle qu'il forme autour de lui et de sa famille. Il n'est pas aussi juste et droit qu'il le pense alors le spectateur se remet face à ses propres failles. Certaines scènes résonnent avec fracas, comme celle où Troy explique qu'il n'a aucune obligation d'aimer Cory ou encore ce moment où il humilie son fils aîné pour dix dollars.  

FENCES regorge de répliques fortes et sensibles. Le rapport à la religion, thème cher à Wilson, est bien montré notamment lorsque Troy s'adresse à la mort et que l'orage bat derrière lui. On se souviendra longtemps aussi de cette révélation en milieu de film qui change notre regard sur cet homme, mais également celui de sa femme. Parce que FENCES n'est pas un grand film de mise en scène, mais c'est un grand film d'acteurs porté par un Denzel Washington excessif mais poignant. On y parle de nature même de l'Homme et de son incapacité à la surmonter. La fin, bouleversante, montre cette évidence à travers la filialité et les ressemblances de trois enfants différents, mais pourtant reliés par les forces et faiblesses du père. Une belle leçon de vie.

FENCES OU L'EMOTION BRUTE

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