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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LA CRITIQUE A RETARDEMENT : TUNNEL

Publié le 29 Juin 2017 par Romain Jankowski in analyses

Le cinéma coréen est l'un des plus intéressants du moment, souvent ambitieux et redoutable dans sa construction scénaristique. Après le film de zombies somptueux (DERNIER TRAIN POUR BUSAN), Hollywood peut encore trembler devant le film-catastrophe que propose Kim Seong-Hun. 

Simple et efficace, TUNNEL propose également un sous-texte terriblement satirique envers les médias et les politiques. Tout en restant très divertissant et émouvant voire même comique à certains moments. Un mélange incroyablement bien maîtrisé même si le montage aurait mérité un resserrement, surtout sur la fin. Quoiqu'il en soit, l'économie d'effets visuels joue largement en la faveur d'une intrigue qui met en condition une survie précaire avec des moyens limités. Jung-Soo (interprété par le génial Ha Jung-Woo) est un homme de son époque, bon professionnellement, un peu dénigrant, un peu businessman et un peu loin des réalités. Mais ce n'est ni quelqu'un de mauvais, ni quelqu'un de bon. Tout en nuances, la caméra embrasse ses choix et ses hésitations, notamment lorsqu'il découvre une autre survivante qui lui demande de l'eau. Sans en rajouter, le cinéaste insiste sur son regard et analyse sa perception des choses.

Même si le réalisateur caricature un peu trop les journalistes, force est de constater que sa satire fonctionne à plein. Dans sa note d'intention, Kim Seong-Hun déclare qu'il n'a que peu de respect pour les classes politiques et les médias, jugeant qu'ils sont dans la récupération

immédiate. Sa virulence se retrouve dans cette séquence insolite où l'on discute d'une vie en mettant en évidence les pertes financières que représentent ce sauvetage. En effet, un deuxième tunnel est en construction non loin de celui écroulé et ils tardent aux investisseurs de continuer leur projet qui mettrait en danger la vie du survivant. C'est là que le businessman s'écrie "ce n'est qu'une vie" ! Radical, le cinéaste pose un regard très critique sur des avancées trop rapides et souvent bâclées (le nombre d'accidents de tunnels mal finalisés en Corée a explosé ces dernières années).  

Outre le sous-texte, TUNNEL peut également s'apprécier en tant que survival et c'est cela qui le rend riche. En parallèle, l'émotion est très présente, notamment avec la femme de ce dernier qui désespère de revoir son mari vivant. C'est aussi l'espace d'une scène, celle de l'autre survivante, qui appelle sa mère en échangeant quelques mots simples mais touchants. Son destin tragique ne fera que renforcer l'importance de ce passage. Comme il se doit, la sortie de Hong-Soo résonne comme une dernière punchline du cinéaste lorsque la ministre coréenne se voit débarquer d'un "allez tous vous faire foutre !". Pas meilleure manière de clôturer cet excellent film !

LA CRITIQUE A RETARDEMENT : TUNNEL
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