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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de HHhH

Publié le 14 Juin 2017 par Romain Jankowski in critiques

Le nouveau film de Cédric Jimenez inspiré du roman de Laurent Binet s'attaque à un monstre de l'humanité, celui qu'on surnomme le "coeur de fer", Reinhard Heydrich, le numéro 3 du régime nazi, celui qui a façonné les plans des camps d'extermination. Malgré son personnage principal hors norme, le film ne parvient pas toujours à passionner. 

Démarrant avec des séquences reliées par des coupes un peu brusques, HHhH a un peu de mal à trouver son rythme pour nous montrer que ce Heydrich n'est finalement, à la base, qu'un homme officier de l'armée, un patriote endurci mais pas un tyran exterminateur. Malheureusement, on arrive vite à ce constat dès qu'il rejoint les SS, alors un petit groupe travaillant en sous-sol pour pourchasser les communistes (bien avant la prise de pouvoir d'Hitler). A partir de là, le scénario de Jimenez attaque sa meilleure partie dans la description de cet être dénué d'états d'âmes ou d'un quelconque sentiment de pitié. Poussé par une mise en scène travaillée, le cinéaste nous entraîne dans l'horreur en témoigne cette admirable séquence en surimpression de tous les meurtres commis par Heydrich. Sans filtre, il donne à voir les exactions des nazis, exécutions et immolations dans des images traumatisantes. La mort plane et Heydrich en est le diable, interpréter avec une force et un immobilisme dément de la part de Jason Clarke. 

Le vrai problème de HHhH se trouve dans sa deuxième partie et l'intérêt qu'il porte ensuite aux résistants. On change alors de point de vue et on remonte dans le temps pour raconter la mise en place de l'assassinat d'Heydrich. Indiscutablement, le film y perd de sa force évocatrice avant de se rattraper dans un dernier tiers assez monstrueux, notamment une séquence de fusillade dantesque. Même si le choix est louable de s'intéresser à la branche résistante, Jimenez y aurait gagné à ne pas le faire puisque son portrait du chef nazi possédait une réelle tension tout comme elle agissait sur le spectateur avec une fascination-répulsion évidente. On comprend néanmoins son envie de suivre les traces du roman (qui alternait entre réalité, fantasme, ressenti de l'auteur) et d'entrer un peu plus dans l'émotion pure (et effectivement cette partie touche intimement).  

HHhH est finalement un film un peu hybride mais traversé par des fulgurances hallucinantes. Il résonne comme un devoir de mémoire, mais aussi comme une parabole sur le Mal, sur la responsabilité collective des massacres nazis et sur le fait qu'un monde à la race dominatrice n'a aucun sens et ne peut qu'apporter la mort. HHhH est le parcours d'un homme finalement banal, presque effacé, qui se transforme au contact des autres, ceux-ci réveillant une face cachée de lui-même qui agit comme le résultat de sa propre frustration.

 

AVIS GLOBAL : Ne tenant pas toujours le rythme sur ses deux heures de bobine, HHhH est malgré tout un film aux multiples séquences chocs qui taille le portrait tétanisant d'un Heydrich incroyablement interprété par Jason Clarke. 

NOTE : 13 / 20

 

HHhH    2h07

Un film réalisé par Cédric Jimenez

Avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O'Connell, Jack Reynor.

critique de HHhH
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