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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LE PIRATAGE EN 2016, PERTES FINANCIERES CONSEQUENTES

Publié le 2 Avril 2017 par Romain Jankowski in analyses

Combien coûte, par an, la consommation illégale de contenus audiovisuels ? Voilà une question qu'on est en droit de se poser, alors que le piratage est en recul grâce à un contrôle plus soutenu et les fermetures de gros sites tels que ZONE DE TELECHARGEMENT. En creux, le piratage est-il vraiment synonyme de perte ?

L'étude de EY (cabinet spécialisé en Audit et Transaction) a évalué cette perte à 1,35 milliard pour l'année 2016. Le CNC a déclaré que 13 millions de personnes avaient téléchargé illégalement du contenu cinématographique. Quelles sont les fenêtres les plus impactées ? En premier lieu, le DVD, le marché illégal représentant 85 % ! la VAD ensuite (78 %), la SVàD (59 %) et, mieux desservi, le cinéma avec seulement 4 %. Nous allons désormais intégrés d'autres chiffres qui englobent les pertes globales liées au téléchargement illégal : l'Etat perd environ 430 millions d'euros, avec une perte fiscale de TVA évaluée à 229 millions d'euros, d'impôts sur les sociétés à 132 millions et de charges sociales à 40 millions, pour une perte de l'ordre de 2000 emplois. En outre, le manque à gagner est estimé à 265 millions pour les créateurs et ayants droit, 330 millions pour les entreprises, et 265 millions pour les métiers de la distribution et du marketing. Seule bonne nouvelle ? Le recul de 8 % du téléchargement illégal par rapport à 2015, pour les raisons citées plus haut. Il faut préciser, également, que toutes les entrées comptabilisées en salles reviennent à l'industrie du cinéma français, peu importe l'origine du film (américain, chinois, indien, etc). C'est l'exception culturelle française et, par conséquent, quand STAR WARS fait 10 millions d'entrées, une partie de bénéfice revient à l'Etat (hormis part distributeur et production).  

Par l'évidence de ce paragraphe, oui, le piratage fait perdre beaucoup d'argent au monde du cinéma. Cependant, aucune désertation des salles de cinéma puisque 2016 a grimpé jusque 213 millions de spectateurs et que la France a dépassé la barre des 200 millions 7 fois sur 8 (pas en 2013, 193 millions). Ceux qui nous prédisent la mort de la salle sont vraiment loin du compte, d'autant que ce premier trimestre confirme sa bonne tenue (tout juste 1,2 % en moins par rapport à 2016 qui avait signé un record en la matière). Avec le nombre de concurrents aujourd'hui, cette performance est à saluer fortement et elle prouve que la salle reste un moment à part, différent, une expérience collective unique. Quel art peut se prévaloir d'attirer plus de 3 millions de personnes chaque semaine ? 

Maintenant, il y a les points noirs et en premier lieu le marché de la vidéo. Si le prix de la place de cinéma est en augmentation globale, elle semble mieux acceptée par le spectateur que celui du DVD. Logique ? En volume, 2017 représente une baisse de 16,6 % par rapport au premier trimestre 2016 qui lui-même était en régression. Malgré certains efforts (des packs 3 blu-ray pour 30 euros, des offres de 1 acheté, 1 gratuit), ce marché est clairement le plus faible à cause de ses prix exorbitants. Avec les nouvelles technologies, il faudra compter 25 euros pour un blu-ray neuf et 30 euros pour le 4K ! Pourquoi de tels chiffres ? La rémunération et les coûts de production sont délicats pour la vidéo, tout dépend du nombre de tirage et du pourcentage rémunération de l'éditeur (à hauteur de 10 %, en moyenne). A cela, il faut ajouter la taxe française qui augmentent considérablement le prix. Pour finir, le désintérêt progressif du spectateur pour le matériel, alors qu'il peut se procurer le film sur plateforme de VOD pour 5 euros. Nous verrons les efforts consentis par l'industrie très prochainement, une approche de ce secteur devant se faire d'ici à quelques semaines. 

Doit-on être aussi sévère envers le téléchargement illégal ? Parler d'une fraude et en dire du bien, c'est déjà moralement moyen. Pourtant, il y a effectivement un bon côté et en cela, revenons à l'origine du cinéma et ses valeurs. Il est l'art le moins élitiste de tous, celui qui s'est toujours adressé à toutes les classes, sans distinctions sociétales. En somme, il se doit d'être le plus accessible et ce n'est pas pour rien que son économie est aussi forte. Cette force du téléchargement montre à quel point les spectateurs sont avides de films à regarder tout en faisant connaître, parfois, des petits films d'auteurs passés inaperçus en salles. Avec l'arrivée d'une nouvelle forme de consommation (la révolution NETFLIX), le septième art va encore s'ouvrir des portes, tout en gardant ses valeurs qui ne flanchent pas depuis plus d'un siècle. 

LE PIRATAGE EN 2016, PERTES FINANCIERES CONSEQUENTES
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