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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

L'EMBELLIE FRANÇAISE D'APRES-GUERRE

Publié le 19 Avril 2017 par Romain Jankowski in Histoire du cinéma

Durant les quinze années qui suivirent la libération, de multiples talents confirmés ou nouveaux confèrent au cinéma français une indéniable vitalité qui met en avant les raconteurs d'histoires. Une embellie qui fonde totalement le futur du cinéma français. Retour dans le passé.

En 1945, la France libérée panse ses blessures, les spectateurs réservent leurs faveurs aux ENFANTS DU PARADIS et à la CAGE AUX ROSSIGNOLS, tandis que des cinéastes comme Sacha Guitry, Henri-Georges Clouzot ou Henri Decoin connaissent les rigueurs d'un séjour au purgatoire. Que va bien pouvoir raconter le cinéma après les horreurs de la guerre ? Les films sur la résistance sont de toute manière peu nombreux, à l'exception notable de LA BATAILLE DU RAIL de René Clément. Finalement, comme une parenthèse de malheur, le public renoue avec ce qu'il aimait déjà, comme le fantastique avec LA BELLE ET LA BETE de Jean Cocteau, le film en costume ou encore ceux de cape et d'épées. Le spectateur cherche à se divertir et s'évader dans des mondes plus beaux et héroïques que celui dans lequel il vit. 

Arrive alors une nouvelle ère des scénaristes. Qu'il s'agisse de René Clair ou Claude Autant-Lara, Julien Duvivier ou Jacques Becker, l'immense majorité des cinéastes de cette époque fondent leur travail sur de solides scénarios auxquels ils ont ou non collaboré. Entre littérature et poésie, le cinéma devient un art à la frontière des autres, où de véritables auteurs font les beaux jours d'un 7ème art qui croit à la puissance d'un verbe porté par des acteurs comme Louis Jouvet ou encore Jean Gabin. Les dialogues sont plus profonds, les histoires deviennent romanesques et les cinéastes commencent à s'extasier d'avoir des textes parfaitement écrits et détaillés pour pouvoir réaliser leur film. 

Commence donc l'embellie du cinéma français où spectateurs, artistes et producteurs sont satisfaits. Entre PANIQUE de Duvivier (photo ci-contre), LE SILENCE EST D'OR de Clair ou encore LES MAUDITS de René Clément, la France connaît un âge d'or indiscutable en terme de qualité cinématographique. Alors que les films américains débarquent en force dans les cinémas suit aux accords économiques appelés "Blum-Byrnes" (tous les films depuis 1940 sont exploités), le système d'aide à la production française né et reste encore en vigueur aujourd'hui. S'ensuit alors une période où les spectateurs sont de plus en plus nombreux dans les salles et où les facettes les plus diverses du cinéma peuvent s'exprimer. 

Evidemment, comme toute période, celle-ci va commencer à décliner sous l'impulsion de jeunes loups avides de secouer les "films à papa". Dans les années 50, un certain cinéma français, celui justement de l'auteur et du bon verbe, commence à être montré du doigt par François Truffaut, dans une diatribe des CAHIERS DU CINEMA de janvier 1954. Tous les cinéastes de l'époque ainsi que les scénaristes ont le droit à une violente charge du futur réalisateur. Le temps commence à décliner l'embellie, Claude Autant-Lara signe son chef d'oeuvre (LA TRAVERSEE DE PARIS) et Claude Chabrol entame la Nouvelle-Vague avec LE BEAU SERGE. La transition entre deux mondes totalement opposés est entamée. Aujourd'hui encore, le cinéma français est à l'orée de ces deux visions. 

Bourvil et Jean Gabin dans le chef d'oeuvre LA TRAVERSEE DE PARIS

Bourvil et Jean Gabin dans le chef d'oeuvre LA TRAVERSEE DE PARIS

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