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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

MOONLIGHT, ANALYSE DE L'OSCAR DU MEILLEUR FILM

Publié le 6 Mars 2017 par Romain Jankowski

Si vous n'avez pas vu le film de Barry Jenkins, je vous conseille de vous arrêter immédiatement sous peine de connaître des détails que vous aimeriez ignorer ! La mise en garde étant faite, je ne peux plus rien pour vous désormais.

On va retenir plusieurs choses de MOONLIGHT, malgré ses défauts. D'abord, son aspect politique tout en n'étant pas du tout politique. A l'instar de LOVING (le dernier superbe film de Jeff Nichols), pas besoin de montrer les crocs ou d'être acerbe, l'histoire est simple, sentimentale, percutante. Qu'est-ce qui fait que MOONLIGHT est politique ? Ce qu'on en fait de lui ? Beaucoup ont parlé qu'il n'y avait aucun personnage blanc dans l'histoire, d'autres ont dit que c'était un film générationnel pour les noirs gays dans les bas-fonds de l'Amérique. Les apparences sont trompeuses et le discours un peu manichéen pour aider à rassembler. Dans le fond, MOONLIGHT est tout en rage contenue, celle de Chiron, ce personnage que l'on suit enfant, ado et adulte. Le film est un appel à la tolérance, à l'affirmation de soi, mais aussi à l'ignorance de ce que les autres veulent faire de vous. Dans ce sens, le scénario donne sa pleine mesure (parfois même trop), la caméra de Jenkins collant au plus prés du visage de ses trois acteurs (qui jouent Chiron à des âges différents). L'adolescence s'avère être la plus réussie de toute car elle est turbulente, désenchantée et émotionnellement très forte. C'est l'âge où l'on se détermine dans notre rapport à la société et aussi par rapport à soi-même. Voici la définition exacte de ce segment qui se termine dans une violence presque évidente, mais, également, aux conséquences graves sur l'avenir de ce jeune homme, blessé intérieurement par celui qu'il aime. 

La troisième et ultime partie est un peu moins convaincante et joue surtout sur les retrouvailles entre Chiron et Kevin, son amour de jeunesse qui représente bien plus que ça pour le protagoniste. Musclé et impressionnant, il se cache sous cette carapace pour mieux masquer ses failles. L'échange déchirant avec sa mère dans le centre de désintox montre à quel point Chiron a souffert du peu d'amour qu'il a reçu d'elle. Parce que l'évidence de MOONLIGHT se trouve dans la première partie, celle qui détermine tout, qui résume déjà tous les actes futurs. Chiron, surnommé Little, est un frêle garçon martyrisé par ses camarades d'école. Perdu, seul, ayant peur des autres, il se renferme sur lui-même. Jenkins excelle dans son rapport à l'enfance, tendu et névrosé, et le met en parallèle avec une figure paternel rassurante : Juan, interprété par un immense Mahershala Ali. Il n'a pas volé son oscar, c'est le moins qu'on puisse dire. Incroyablement filmé (tour de force que ce plan-séquence inaugural), magistralement nuancé, remarquablement écrit, il est le véritable pilier du film, celui par qui tout commence. Little voit en lui le père qu'il n'a pas et ce dernier lui offre une étendue de possibilités dont il n'a pas su profiter lui-même, devenu un trafiquant de drogue, un destin auquel chaque gars du quartier est destiné. La force de leur relation est assez exceptionnelle et s'il n'y avait qu'une raison pour vous pousser à aller voir MOONLIGHT, ce serait celle-ci. 

Sorte de vision rêvée d'une vie remplie de désillusions, il est intéressant de noter que le fondement même du scénario est l'amour, celui que l'on convoite, celui qu'on espère ou celui que l'on reçoit. La relation d'attirance-rejet entre Chiron et Kevin regroupe ces trois caractéristiques avec, il est vrai, une infinie douceur de la part de Jenkins qui jongle habilement avec son découpage, refusant d'en faire des tonnes. Les acteurs font le reste. Le dépouillement de la mise en scène en même temps que sa sophistication (l'excès de rage de Chiron, après une humiliation, est un sommet de tension) donne son effet particulier à un film qui ne ressemble à rien de connu. Malgré ses errances indé (des plans à rallonge, un manque de rythme), il faut reconnaître que MOONLIGHT est un film important et dont l'oscar représente plus qu'un geste artistique, mais une prise de conscience que la tolérance et l'ouverture à l'autre sont les principes même d'une société épanouie. 

 

Un film réalise par Barry Jenkins.

Avec Alex R.Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monae, Andre Holland.

MOONLIGHT, ANALYSE DE L'OSCAR DU MEILLEUR FILM
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