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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LE CHOC AMERICAN HONEY

Publié le 16 Mars 2017 par Romain Jankowski

Les divisions journalistiques, l'emballement contestataire après la réception de son prix à Cannes (celui du jury), sa date de sortie hasardeuse (le 8 février, en pleine vacances scolaires), sa durée, ses inconnus, son exigence, on peut le dire, AMERICAN HONEY est un film anti-commercial au possible. Passé quasiment inaperçu en salle, le nouveau film d'Andrea Arnold est pourtant une bombe dont on ne se remet pas totalement.

Trois heures de bobines sur la jeunesse américaine (ou jeunesse tout court) avec ses codes, ses illusions, ses déceptions, ses rêves. Plus qu'un film, AMERICAN HONEY est une expérience, une vraie tranche de vie qui s'envole à la fin et laisse le spectateur imaginer la suite. Arnold n'a aucunement besoin d'appuyer son histoire avec des sous-intrigues inutiles car ce qu'elle raconte est au final d'une simplicité désarmante : les turbulences internes d'une jeune femme du fin fond de la cambrousse américaine, promise à zéro avenir, et qui décide d'embarquer avec cette joyeuse bande de vendeurs de magazines. Puis elle rencontre Jake, l'amour donc, mais pas si saisissable que ça. En sillonnant l'Amérique, avec ce qu'elle comprend de sombre, la réalisatrice s'attache à raconter la petite histoire dans la grande, appose le matérialisme comme une futilité. Pourtant, Jake et Star font le souhait d'une vie paisible, d'une maison, de la réussite. On a la boule de ventre lors de ce dialogue quand on se rend compte du désespoir profond qui les anime. Comment se sortir de cette société qui ne veut pas d'eux ? 

Mais la force de ce groupe n'est pas de s'apitoyer sur leur sort, mais de toujours y croire. Ils sont blagueurs, chanteurs, danseurs, profondément hantés par un sentiment d'injustice qui garde des blessures secrètes. Le tout emballé par une soundtrack divine, qui s'incruste dans le film de manière subtile. Grand moment lorsqu'ils chantent tous le titre American Honey dans le van, la caméra enregistrant les regards tristes de tous ses protagonistes. D'ailleurs, le cadre étriqué, dans un film tourné au plus proche des corps, montre bien le peu de possibilités et d'ouvertures pour le futur. Malgré tout, les métaphores sont parfois maladroites (le passage où un des gars emmène Star au gisement de pétrole). 

On sent poindre un film presque générationnel ici, qui pourrait bien être réévalué prochainement. Le casting composé d'inconnus est incroyable tout comme Sasha Lane, exceptionnelle de densité dans le rôle principal. Mais on avoue n'avoir eu que d'yeux pour lui : Shia LaBoeuf. Souvent décrié, l'acteur a pour réputation de se mettre à fond dans son rôle. Ici, il est Jake, physiquement et psychologiquement. Il disparaît derrière ce mec qui prend conscience de beaucoup de choses au contact de Star. Son jeu corporel est incroyable, dans son déplacement, ses mimiques, cette souffrance qu'il montre de manière très subtile. Il est la valeur ajoutée d'un film déjà important. 

LE CHOC AMERICAN HONEY
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