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L'antre du cinéphile

L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Publié le par Romain Jankowski

Dans une société où la rentabilité, le capitalisme et les recettes maximales sont rois, difficile de fustiger le cinéma français par son manque d'ambition formelle. Le débat est revenu souvent et, dans le fond, qui est le plus fautif, les producteurs qui ne veulent pas se mouiller, les réalisateurs qui ont du mal à imaginer ou les spectateurs qui refoulent une certaine fantaisie de leur propre pays ? 

Il y a clairement un malaise en France avec le fantastique. Pas américain, où les blockbusters cartonnent souvent. Mais la défiance est bien là, si on excepte Luc Besson. En effet, le cinéaste-star de l'hexagone, hisse régulièrement ses films (produits ou réalisés) au sommet du box-office national. Peut-être parce que ses longs-métrages forment une sorte d'entre-deux, mi-français, mi-ricains. Les castings sont souvent internationaux et les moyens gigantesques. Cependant, il est bien le seul sur sa galaxie à avoir cette renommée, quoique l'on pense de ses films. Mais le reste ? Combien de tentatives infructueuses ou ratées ?

On reviendra donc à notre question, qui est le plus coupable ? Aucun plus que l'autre. Mais ils le sont tous un peu ! Le producteur a un métier ingrat doublé d'une qualité de parieur indéniable quand il doit se lancer, financièrement, dans une idée, un traitement, un film. Il faut faire confiance et, en même temps, établir un plan économique, faire des études de marché. Or, il ne peut pas être rassuré lorsqu'il se lance dans un film de genre. Il faudra un minimum de moyens pour mettre en place (visuellement) l'oeuvre tout en garantissant une visibilité à l'international, indispensable pour espérer tirer des bénéfices, car l'enjeu principal est bien celui-ci : ne pas perdre d'argent. Les échecs successifs de films de genre, ne vont pas pousser les dirigeants du cinéma français à consentir aux efforts nécessaires pour mettre en place une section fantastique dans leur catalogue, souvent rempli par les comédies, moins chères et plus rentables. Mais, en creux, cela ne signifie-t-il pas que le spectateur a sa part de responsabilités ? Oui, bien sûr, mais... une nuance s'impose. Oui car, qui n'a jamais entendu quelqu'un dire "Ah, c'est français je n'irai pas." ? Voici un réflexe automatique de la part du grand public qui préférera les énormes machines américaines, peuplées de franchises, de stars et d'effets spéciaux monstrueux. Il y a indéniablement une attitude très pro-américaine dans cette démarche qui découle d'un contexte de plus en plus mainstream où les phénomènes sont adulés. La nuance découlera du troisième responsable pré-cité : le réalisateur (ou réalisatrice). Et si ce déni du fantastique national avait été la conséquence du manque de savoir-faire de ses initiateurs ? C'est presque une réalité, tant les films sont souvent peu réussis ou pas pris au sérieux. Dernier exemple en date ? LE FANTOME DE CANTERVILLE, bouffonnerie gigantesque sur un scénario qui aurait pu donner quelque chose de solide sans l'aspect comique, qui lui donne des atours de parodie involontaire. Voilà bien une faille régulièrement exploitée, celle de plaire à un large public avec des vannes lamentables. Alors pour qu'un producteur investisse son argent dans un projet, et qu'il le récupère grâce à celui du spectateur qui voudra bien le dépenser, tout dépendra de la qualité du film. Même si ça ne fait pas tout. 

On sent tout de même le vent tourner. Et pas qu'un peu. Les générations précédentes, bercées à l'humour De Funès, aux polars sombres et aux films d'auteurs somnolents, ont reproduit ce qu'ils ont vu plus jeunes. Ainsi fonctionne l'art et plus particulièrement celui du cinéma, qui n'est que redite ou modernisation d'un même propos. Mais la nouvelle salve de réalisateurs a vu autre chose en grandissant sous l'âge d'or du fantastique hollywoodien avec les Spielberg, Dante, Zemeckis, Cameron et autre Peter Jackson. Ils veulent bouger les lignes, faire tomber les barrières, ramener une nouvelle variété dans le paysage audiovisuel français. Ce changement a commencé à la télé avec une série telle que LES REVENANTS, un gros succès public (et vraiment bien fichue). Et ce changement s'amorce au cinéma. David Moreau n'en est pas à son coup d'essai : il avait réalisé le génial ILS et également THE EYE. En 2013, il s'essaie à la comédie avec le réussi 20 ANS D'ECART ce qu'il lui permet de monter SEULS, l'adaptation ambitieuse d'une bande-dessinée française très appréciée. Lorsque débarque le premier teaser en octobre dernier, les cinéphiles sont scotchés : visuellement, le montage est prometteur.

Ainsi, un éclairage va se faire sur cette adaptation qui aura le droit à un promo digne d'un blockbuster US, affiches personnages à l'appui et multiples bandes-annonces. Aujourd'hui, on peu dire qu'une certaine attente s'est formée autour de SEULS, même si la date de sa sortie est assez incompréhensible : comment pourra-t-il exister entre RAID DINGUE (le dernier Dany Boon), CINQUANTES NUANCES PLUS SOMBRES, ALIBI (par l'équipe de BABYSITTING), ROCK N'ROLL (Guillaume Canet), UNDERWORLD 5, SPLIT ou encore LEGO BATMAN qui pourrait lui chiper le jeune public ? On a envie d'y croire, mais la concurrence est vraiment trop rude. Il faudra que le film soit de qualité, que nous, médias plus indépendants, spectateurs lambda ou cinéphiles avertis partagent un maximum cette nouvelle énergie du fantastique français. Parce que même si SEULS contiendra des défauts, il faut saluer le geste pour qu'une nouvelle image de notre cinéma naisse. 

On en reparle très vite parce que Mathieu Turi avec un certain HOSTILE pourrait, lui aussi, secouer la tenue casanière de notre cinéma nationale. 

SEULS débarque dans les salles le 8 février prochain.

Découvrez la dernière bande-annonce ci-dessous :      

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siwajo 04/02/2017 02:57

"Si je ne me trompe pas, HOSTILE a d'ailleurs été financé par Full Time Films, une société créée par Eric Gendarme et Olivier Château. Il y a donc une vraie prise de risque " Non, il a été produit par Fulltime. Ce sont des fonds privés qui financent...Oui, la prise de risque c'est un gros endettement sur de longue année pour Ces 3 producteurs ( Vous avez oubliez Thomas Lubeau, qui avec Eric Gendarme sont les 2 prods à avoir voulu faire le long de Mathieu avant même la naissance de FullTime.). Ce sont des passionnés ! Que la réussite soit avec eux.
En relisant, j'oubliais que je n'avais pas parlé du distributeur qui est la rampe de lancement pour produire un film en France. Sans distrib, pas de chaines, donc pas de financement. Un distrib est celui qui perd en premier de l'argent en cas d'échec en salle. Et c'est celui qui garantie que le film aura une sortie salle (Bon, la réalité est encore plus complexe car des mauvaise surprise peuvent arriver et votre film se retrouve avec 20 salles France au lieu des 200 prévues.).
Pour revenir sur Hostile, j'ai bien précisé que sa production était particulier, atypique même. Mais, en tant que prod, on ne fait pas cela deux fois...Trop risqué, trop usant psychologiquement et financièrement. Donc, c'est juste un ex qui confirme la règle pour ce genre de petite série B dit de genre. Si Hostile se vend bien à l'international, cela donnera peut être l'idée à des jeunes producteurs de produire, avec tout les risques et les difficultés que cela comporte, via des financements privés (voir en parti en fond personnel comme pour Night Fare de Julien Seri ) leur premier film...Mais cela restera des cas isolés. Et si Fulltime récupère ses billes avec les ventes inter d'Hostile (Ce dont je ne doute pas...Et, je précise qu'ils ne comptent pas sur les entrées salles en France car elles seront infimes...Sauf miracle qui fait qu'un distrib balance 150 copie salle en le marketant comme un film anglo saxon), ils auront une fenêtre pour produire POUR l'étranger, donc toujours en langue anglaise, des films dit de genre (différents genre j'espère ) à petits budgets. Et dans 10/15 ans je leur souhaite de faire un gros film !

siwajo 03/02/2017 13:17

L'article est intéressant sur bien des points. ...Mais comme trop souvent, l'aspect production d'un film en France échappe naturellement aux gens extérieur aux métiers. Ne le prenez pas mal, c'est juste un constat.. Un producteur en France trouve de l'argent chez les chaines public &co, les comptoirs CNC & régions, il ne met pas sa thune (il peut y avoir des exceptions, notamment pour compléter un budget, si la prod a une grosse trésorerie , il peut ne pas prendre sa marge lors de l'encaissement des budgets, voir ne pas se payer)...Une prod peut sortit de l'argent "perso" pour l'écriture du script et des frais annexe. Et la production d'Hostile (film qui fera une belle carrière à l'internationale, je n'en doute pas) est très particulière...Loin des modèle français...Sa distribution en France sera compliqué...Mais, Hostile aura toutes le apparences d'un film anglo-saxon, donc, pas de soucis, car le succès que je lui prédis peut se passer des salles en France.

Romain Jankowski 03/02/2017 13:54

Bonjour Siwajo,
Effectivement, les chaînes mettent de l'argent dans les films et elles le font principalement pour rediffuser ces films en prime time ! Donc, par conséquence , peu de chaînes mettront de l'argent sur un film fantastique ou horreur, n'ayant aucune garantie que celui-ci soit satisfaisant pour le large public français des chaînes hertziennes.
Voici la raison pourquoi je n'ai pas parler de cet aspect, mais vous avez raison de le préciser.
Cependant, un film de genre devra être l'oeuvre d'un producteur, sans forcément avoir une aide de chaîne public. Si je ne me trompe pas, HOSTILE a d'ailleurs été financé par Full Time Films, une société créée par Eric Gendarme et Olivier Château. Il y a donc une vraie prise de risque

Karas 03/02/2017 07:26

Le film est nul.
Situation déjà vue (ALONE, SEULS TWO), scénario bancal, personnages plats, acteurs mauvais...
Ils mettent la dose sur la promo à cause du succédé 20ans d'écart, mais la qualité n'est pas au rendez-vous

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