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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de LOVING

Publié le 11 Février 2017 par Romain Jankowski

SYNOPSIS:

Richard et Mildred s'aiment et ils décident de se marier. Malheureusement, dans l'Amérique ségrégationniste de 1958, le mariage mixte n'est pas autorisé dans tous les états. Notamment celui de Virginie où le couple vit : ils sont donc condamnés à une peine de prison, suspendue s'il quitte l'état à tout jamais. Considérant qu'il s'agit d'une violation de leurs droits civiques, ils vont s'engager dans une bataille juridique pour le droit de s'aimer.

Jeff Nichols est l'un des meilleurs cinéastes américains de notre époque. Il a déjà imposé sa patte, digéré largement ses influences et proposé un cinéma différent, plus lent peut-être même plus radical dans sa narration. Obsédé par l'être humain et ses multiples facettes, il le met au coeur de ses histoires et définit celles-ci par son biais. Ainsi, son cinéma ne donne jamais l'impression d'avancer à deux vitesses. 

Dans les mains d'un autre cinéaste ou d'un studio, que ce LOVING aurait pu être racoleur ! A base de parcours biographique (de la rencontre du couple à leur mort), de scènes lacrymales gênantes et autres montées en puissance de violons. Le sujet même du film veut ça et, traité n'importe comment, ce dernier aurait pu être un beau ratage. Alors on peut presque dire que vous n'avez jamais vu quelque chose qui ressemble à LOVING. Prenant souvent des directions contraires à ce que l'on attend, changeant de temporalité grâce à de subtils raccords (pas de cinq ans après ou autre), possédant un rythme plus lent s'intéressant aux émotions de chaque personnage, ce film vous prend peu à peu à la gorge, Nichols ne rajoutant rien pour faire naître l'émotion. Il montre tout simplement. Ce détail pourrait paraître anodin, mais il ne l'est pas. Pas besoin d'être caricatural, pas besoin de grossir les traits, LOVING se raconte seul, par la puissance sentimentale de ces deux êtres blessés dans leur amour-propre (et amour tout court). 

Le peu de musique renforce cet effet de particularité. La plupart du temps, les séquences sont sans effets et ne poussent pas le spectateur à pleurer ou rire. Voici une expérience que certains réfuteront tant elle s'avère plutôt inattendue. Mais si vous y plongez, soyez certains de ne pas y réchapper ! Lorsque sa caméra se pose sur le visage de la délicate (et franchement incroyable)  Ruth Negga, Nichols se passe de dialogue pour raconter la vérité d'une manière très cinématographique. Il ne fait pas de Richard Loving (impeccable Joel Edgerton) un héros menant front face à l'injustice américaine, non, il montre cet homme simple et humble, donnant corps et âme pour sa famille. En témoigne ce court passage cocasse où les avocats viennent chez les Loving et que Richard remet du bois pour les besoins du feu, alors que tout le monde l'attend. Une caractérisation basique, mais admirablement montré par Nichols. On aura toujours ce doute (comme le cinéaste d'ailleurs) de savoir si cet homme savait ce qu'il faisait ou pas, s'il savait qu'il ne pouvait se marier à une personne noire et revenir en Virginie, là ou ce genre d'union était interdite. Notons également, même dans une courte apparition, la présence formidable de ce comédien pas assez encensé à mon goût : Michael Shannon. Avoir un tel charisme, en seulement quatre minutes à l'écran, est un fait très peu commun. Il serait temps que le grand public connaisse son nom !

Pour en apprécier encore plus la substance, il faudra voir et revoir LOVING. En l'état, le cinéma américain est en train de nous proposer des films importants à un rythme hallucinant ! Et quelle honte de ne pouvoir en profiter ! Entre BIRTH OF A NATION (que nous n'avons pas pu voir), sorti dans à peine plus de 100 salles, MOONLIGHT (pas vu non plus !) dans tout juste 80 cinémas (!!) et le prochain FENCES (dont on espère que la présence, devant et derrière la caméra, de Denzel Washington permettra une plus large diffusion) voire LES FIGURES DE L'OMBRE, le cinéma entre en jeu pour contrer une politique bien trouble et menée d'une main de fer. 

 

AVIS GLOBAL : LOVING est un très beau moment de cinéma, parfois même touché par une grâce indicible, qui regarde juste l'Histoire sans en faire des tonnes. Joel Edgerton disparaît derrière Richard Loving et Ruth Negga est absolument magnifique d'intensité. Nouvelle réussite pour Jeff Nichols !

NOTE : 16 / 20

 

LOVING  2h03

Un film réalisé par Jeff Nichols

Avec Ruth Negga, Joel Edgerton, Nick Kroll, Martin Csokas.

critique de LOVING
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