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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

LA SCREWBALL COMEDY, LA SUCCESSION DU BURLESQUE

Publié le 3 Janvier 2017 par Romain Jankowski

Nous sommes en 1931 et le cinéma n'est plus muet. Il parle depuis quatre ans déjà et beaucoup n'ont pas réussi à faire la transition. Après un bref passage dans les studios de Hal Roach et de Mack Sennett, les maîtres du comique de l'époque, Franck Capra (photo ci-contre) accepte un contrat d'exclusivité à la Columbia, maison de production du quartier pauvre de Gower street. Il écrit d'abord des longs-métrages muets. Puis le parlant lui donnera ses plus belles lettres de noblesses. 

C'est donc en 1931 que sort LA BLONDE PLATINE, une comédie sophistiquée qui prend le contre-courant de tout ce qui était paru avant. Mais c'est vraiment avec NEW-YORK MIAMI en 1934 que Capra devient un réalisateur important. La petite anecdote autour du film s'avère même cocasse : le cinéaste avait acheté les droits d'une nouvelle parue dans la presse malgré un manque d'intérêt général et le projet semblait enterré jusqu'au moment où la MGM décide de punir son acteur vedette Clark Gable, qui s'était rendu coupable d'insolence, en l'envoyant tourner ce film douteux. Claudette Colbert accepte, quant à elle, le premier rôle féminin. Mais la punition va se transformer en véritable miracle lorsque le film devient un succès en salle et remporte les oscars du meilleur film, meilleur scénario, meilleur réalisateur, meilleure actrice et, comble de l'ironie, celui du meilleur acteur pour "l'insolent" Clark Gable. Ce carton s'explique grâce à la modernité de cette histoire, totalement en phase avec son époque. Elle est le reflet des mutations d'une société secouée par la crise économique de 1929 et montre des personnages résolument modernes. Au-delà de la surprenante genèse de ce NEW-YORK MIAMI, c'est surtout la naissance d'un genre nouveau : la srewball comedy.

Ce terme désigne littéralement des comédies sophistiquées, chargées de rebondissements imprévisibles et improbables, où rien ne semble trop gros. Le comportement complètement fou des héros, contrebalancé par des dialogues ciselés, n'est justifié par aucune logique ou causalités manifestes. L'autre grande nouveauté, c'est la relation homme-femme, chargée de séduction, abordée de front, dans des scènes remplies de sous-entendus destinées à égarer la censure, impitoyable à l'époque. La screwball comedy se veut moderne et plus libéré des codes inhérents du burlesque, très présent au temps du muet. Capra lance un genre dans lequel Gregory LaCava, Howard Hawks, Leo McCareyet ou George Cukor s'engouffrent.

Dans le même temps, un acteur va s'imposer comme le plus populaire de la comédie américaine : Cary Grant. Avec des films tels que CETTE SACREE VERITE ou encore L'IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE. Avec son physique élégant et son passé de mime, il crée un véritable personnage, une sorte de gentleman parfait qui gesticule beaucoup et séduit tranquillement. Une grande carrière va se profiler pour lui, notamment chez le maître du suspense, Alfred Hitchcock.  

La légèreté du genre va perdurer jusqu'au moment où son concepteur change la tonalité. Avec MR SMITH AU SENAT en 1939, il aborde des sujets plus dramatiques et engagés tout en gardant les traits toujours expressifs de la screwball. Pour faire simple, il vient de lancer la comédie "intelligente", entre divertissement et véritable propos. Encore une fois, les cinéastes s'en inspirent et le genre fonctionne toujours autant à Hollywood. 

Puis la guerre arrive, les Etats-Unis s'engluent dans un conflit avec les japonais et le monde devient plus sombre. Avec sa fable humaniste LA VIE EST BELLE, il achèvera, dans l'anonymat, sa carrière avec L'ENJEU. Hollywood est en mutation et le public se tourne vers autre chose . Comme toujours, les genres dominants ont une fin.  

Le plus grand succès de la screwball comedy !

Le plus grand succès de la screwball comedy !

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