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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

critique de LA TAULARDE

Publié le 21 Septembre 2016 par Romain Jankowski

Vendu comme LE film "qui montre Sophie Marceau dans un rôle à contre-emploi", LA TAULARDE est bien plus que ça. C'est une plongée dans le milieu carcéral saisissante, qui prend littéralement aux tripes malgré quelques baisses de rythme imputables à de mauvais choix de narration.

Avouons-le d'emblée : l'ouverture du film n'augure rien de bon. Interminable, voyeuriste et à la métaphore lourde (la nudité comme fin de son ancienne vie et début de la nouvelle dans la prison), la première séquence donne l'impression de vouloir montrer Sophie Marceau dans la performance. Une erreur vite rattrapée lorsque les grilles se ferment. Audrey Estrougo, la réalisatrice, se libère et dévoile son véritable point de vue. La prison est une bulle, un endroit désenchanté où règne l'incapacité des gardiennes à se faire respecter, la violence des détenues mais aussi leur bonté, parfois, des échanges, des agressions, verbales ou physiques. Estrougo filme tout, se permettant même de verser dans l'indignation administrative et économique quand les détenues sont en manque de papier toilettes. Car, au-delà du film de prison, la cinéaste pose également un regard sur ses gardiennes, malmenées, souvent insultées, n'ayant plus beaucoup d'amour-propre et oubliées par une direction qui suit des obligations ridicules. En équilibrant ainsi son film, elle parvient à toucher le spectateur qui peut s'identifier à tous les personnages du film.

Ici, pas de manichéisme. Une fille, horrible, condescendante et violente, peut se révéler, le temps d'une scène, et montrer qu'une nature plus fragile et émotionnelle est tapie dans ce torrent de haine. Un vrai bon travail d'écriture. Puis, quand Audrey Estrougo se lâche, cela donne des scènes d'une intensité sidérante, grâce à sa capacité à utiliser tous ses outils de mise en scène, notamment un vrai bon travail sur le son, donnant des atours d'enfer réel à ces passages.

Malheureusement, en donnant au personnage de Sophie Marceau une intrigue confuse (elle est en prison après avoir aidé son mari pour son évasion), le film perd, parfois de son intérêt et de sa véritable nature, à savoir la vie en prison. Le déroulement, à l'extérieur, de cette fameuse fuite est peu crédible voire un peu à la ramasse. Pour autant, Sophie Marceau est réellement étonnante dans le rôle, révélant ses fêlures au fur et à mesure et se découvrant une force de conviction saisissante par la suite. Son duo avec la géniale Suzanne Clément (MOMMY) se révèle très attachant et parfois bouleversant (quand celle-ci raconte pourquoi elle a été inculpée). Un grand bravo également à toutes les autres actrices, au jeu époustouflant de naturel et de caractère.

 

AVIS GLOBAL : Malgré une intrigue en fil rouge dispensable, LA TAULARDE est une vraie expérience sensorielle tant la mise en scène de Audrey Estrougo amplifie chaque situation sans verser dans l'hystérie forcée. Un tour de force.

NOTE : 15 / 20

 

LA TAULARDE 1h40

Un film réalisé par Audrey Estrougo

Avec Sophie Marceau, Suzanne Clément, Anne Le Ny, Eye Haidara.

critique de LA TAULARDE
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