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L'antre du cinéphile

L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Publié le par Romain Jankowski

Voilà un film attendu depuis un bon moment. On en a beaucoup parlé, enfin globalement car ce qui est ressorti principalement c'est le "mauvais caractère" de Xavier Dolan, ses névroses, ses caprices, ses manières. Vrai, pas vrai ? Dolan est un personnage, à coup sûr, et il ne peut se plaindre de polémiques qu'il déclenche. Son film a été détesté à Cannes ? Et alors ? Il a eu le prix du jury quant même, c'est ça qui compte.

On ne va pas se pencher sur l'Homme comme l'ont fait beaucoup de critiques professionnelles. C'est une attitude honteuse et puérile. Non, regardons de plus prés le fameux déclencheur de la polémique, ce JUSTE LA FIN DU MONDE, adaptation d'une pièce de Jean-Luc Lagarce, auteur décédé du sida en 1995. Ou l'histoire d'un homme qui revient dans sa famille, après une longue absence, pour leur annoncer qu'il va mourir. Le sixième film de Xavier Dolan, après l'exceptionnel MOMMY, joue sur la noirceur et les non-dits qui pourrissent littéralement les relations humaines. En posant un regard trop respectueux sur le texte de Lagarce, son histoire en devient antipathique et hystérique, totalement détruite par une sur-stylisation ridicule.

Là est le paradoxe d'un cinéaste qui en est un à lui tout seul. Il affirme avoir voulu garder l'aspect théâtral de l'oeuvre tout en enchaînant les gros plans pour éviter à tout prix la ressemblance ! Pourtant, les dialogues sont totalement théâtraux, les situations également. Il tente bien d'opposer les aspects Province/Ville, mais c'est un peu le seul rapport avec la réalité. Les personnages vivent dans une bulle et l'idée était fortement intéressante. Quand il veut parler de l'incommunicabilité entre les personnes, il laisse ses protagonistes dans l'embarras (ainsi que ses acteurs par la même occasion). Marion Cotillard est alors obligée d'être une femme faible, bégayant à tout bout de champ, laissant des silences qui échappent à toute compréhension. Vincent Cassel, c'est l'inverse, doit être un gueulard, moqueur, insupportable, tout le contraire du fils prodigue, discret, effacé, interprété par un Gaspard Ulliel un peu hésitant. Léa Seydoux n'a pas plus de choses à jouer qu'un stéréotype de petite soeur mal dans sa peau. Seule Nathalie Baye, vraiment touchante, apporte une délicatesse bienvenue dans ce délire éreintant.

C'est qu'à force d'images et de métaphores, le film devient flou et abscons. De longs regards, des scènes de dialogues à rallonge (le face-à-face entre la mère et fils, interminable), des couleurs chaudes, une scène musicale sur O-ZONE sortie de nulle part, un parti pris esthétique usant (des visages en gros plan à n'en plus finir...). Oui, JUSTE LA FIN DU MONDE est un long-métrage lassant, parfois complètement insupportable (cette scène dans la voiture entre Cassel et Ulliel est involontairement drôle), Dolan se plante sur toute la ligne. Il aurait gagné à s'éloigner un peu de la pièce pour trouver sa propre voie et son émotion, qui transpire dans tous ses autres films. Ici, il capte le vide, ne fait rien vibrer et, pire, se regarde faire de jolis plans bien inutiles. Certains apprécieront, diront que c'est dans le non-sens que naissent les plus belles choses. Soit, l'émotion est propre à chacun. Mais en filmant le chemin de croix d'un homme inexistant, le cinéaste a perdu beaucoup de sa folie.

 

AVIS GLOBAL : Long, souvent insupportable d'hystérie, JUSTE LA FIN DU MONDE est un ratage complet où Dolan s'amuse à tout styliser et intellectualiser pour perdre le spectateur. Cette histoire méritait mieux, notamment plus de simplicité et d'émotion. Le premier vrai naufrage de Xavier Dolan.

NOTE : 06 / 20

 

JUSTE LA FIN DU MONDE 1h35

Un film réalisé par Xavier Dolan

Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard.

critique de JUSTE LA FIN DU MONDE

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