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L'antre du cinéphile

L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

Publié le par Romain Jankowski

Difficile de toucher à un mythe. Le choix d'un remake est un choix difficile car il faut rester proche du film précédent tout en trouvant sa propre voie. De plus, il faut aussi se battre contre cette idée tenace que, remettre au goût du jour certains films, est parfois inutile. Soit parce que le précédent long-métrage est toujours aussi moderne, soit parce qu'il est indépassable qualitativement, soit parce que, tout simplement, on ne comprend pas très bien l'intérêt de refaire le même film.

Le mythe, ici, c'est BEN-HUR (un roman de Lewis Wallace, à la base). Sorti en 1959, le film de William Wyler est un chef-d'oeuvre total, un éloge du gigantisme hollywoodien, au budget démesuré, aux batailles épiques, à la durée exponentielle (3h34 !). Il réunit tout, de la croyance, au chemin intérieur d'un homme qui a tout perdu, jusqu'aux douleurs de la trahison. Et puis, il y a inévitablement cette course de chars, un prodige de cinéma, vingt minutes époustouflantes qui font toujours date dans l'Histoire du cinéma. BEN-HUR c'est l'admirable prestation de Charlton Heston et 11 oscars. Voilà ce que Timur Bekmanbetov, réalisateur de WANTED, DAY WATCH ou encore le désastreux ABRAHAM LINCOLN CHASSEUR DE VAMPIRES, avait sous les yeux avant de démarrer la production de son remake.

Des bandes-annonces aux choix de casting, tout semblait bien mal embarqué pour cette relecture. En l'état ? Disons qu'il n'est pas la catastrophe attendue. Il y a de bons choix comme ceux de montrer un peu plus l'amitié entre Messala et Ben-Hur avant qu'ils ne se déchirent. Mais imaginer que le romain fut accueilli par la famille des Hur et qu'il est donc le frère adoptif de Ben, c'est un choix beaucoup moins judicieux. Visuellement, le film a des gros moyens et Bekmanbetov assez de talent pour qu'on ait le droit à quelques belles images et beaux décors. les scènes d'action ne sont pas irréprochables et, malgré la débauche d'effets visuels, la course de chars est à des années-lumière de son prédécesseur.

Même si c'est difficile, tant le film de Wyler a imprimé l'imaginaire collectif, il faut tenter d'éviter la comparaison entre les deux. Dans ce sens, ce BEN HUR version 2016 remplit son rôle de divertissement où l'on ne s'ennuie pas même si le jeu des acteurs est d'une pauvreté affligeante. Hormis Morgan Freeman (pas prodigieux, mais son talent naturel fait le reste), difficile de ne pas mettre un carton rouge à l'ensemble du casting. Avec de l'indulgence, on dira que Jack Huston a parfois de bons moments en Ben-Hur. Mais Nanzanin Bodiani, en Esther, et surtout Toby Kebell en Messala sont un désastre qui nous sortent automatiquement des scènes dans lesquelles ils jouent. En revanche, on retiendra la formidable partition sonore de Marco Beltrami.

Dernier point, et non des moindres, l'aspect religieux. Il domine le film de Wyler qui ne donne jamais de visage à Jésus de Nazareth. Ici, on a l'impression qu'il est là parce qu'il fallait bien le mettre ! Sensation renforcée dans une dernière scène pitoyable (qui va faire hurler les puristes) où Hollywood montre ce qu'il y a de pire en lui : un happy-end absolument incompréhensible.

 

AVIS GLOBAL : On a le droit à un divertissement tout-à-fait honorable avec quelques bons moments. Mais impossible de gratter la surface, tant les thèmes et la force émotionnelle de l'oeuvre de Lewis Wallace sont ici totalement aseptisés. Sans parler d'une fin navrante...

NOTE : 11 / 20

 

BEN-HUR 2h07

Un film réalisé par Timur Bekmanbetov

Avec Jack Huston, Toby Kebell, Nanzanin Bodiani, Pilou Asbeak.

critique de BEN-HUR (2016)

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