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L'antre du cinéphile

Critiques de films, news et rétro-cinéma

GRANDES SAGAS ET TRILOGIES : ROCKY

Publié le 13 Janvier 2016 par Romain Jankowski in Grandes sagas et trilogies

A l'occasion de la sortie de CREED, revenons sur l'une des sagas les plus emblématiques de l'Histoire du cinéma.

 

- ROCKY (1976) de John G.Avildsen

Un mythe, voilà ce qu'a crée Sylvester Stallone. L'homme avec sa balle, son chapeau, son blouson en cuir. Sa voix rocailleuse, sa dégaine de petite frappe. Rocky est tout et rien dans ce premier film. C'est un petit malfrat qui, à trente ans, erre dans sa ville Philadelphie à la recherche d'un bonheur qu'il n'arrive pas à obtenir. Il mène deux batailles : la boxe et Adrian, jeune femme timide qui travaille à l'animalerie du coin. Peu à peu, par sa force de conviction et de caractère, l'Etalon Italien, comme il se surnomme, réussira. Son combat face au champion Apollo Creed est une gigantesque mise en scène, servant à humilier Balboa. Ce sera tout l'inverse. Rocky renverse des barrières, sait que c'est la chance de sa vie. Ce premier volet est un pur chef-d'oeuvre, fondateur d'une certaine idée du cinéma, filmé caméra à l'épaule. Ces regards de tendresse entre Rocky et Adrian sont terrassants tout comme ceux échangés avec Mickey, son entraîneur. La musique, Apollo (personnage magnifique), le combat final, bref rien n'est à jeter.

 

 

- ROCKY II, LA REVANCHE (1979) de Sylvester Stallone

Sly prend les choses en mains pour ce deuxième volet, plus mélancolique et intimiste que le premier. Le boxeur vit ici une terrible crise identitaire où il doit retravailler car il a fait capoter les publicités pour lesquels il était engagé. Malheureusement il se fait licencier et lyncher à la télévision le traitant de trouillard. En effet, Apollo veut une revanche après leur premier combat q'il gagna grâce à la cloche. Mais Adrian ne veut plus que Rocky boxe, elle a peur pour lui. Le personnage perd toute sa virilité dans ce très beau deuxième volet injustement mésestimé. La relation entre tous les personnages se renforcent et cet opus se révèle comme le grand film d'amour de la saga. Là où le lien puissant entre Rocky et Adrian prend tous son sens. Ainsi que celui avec Mickey qui devient plus que jamais un père pour lui. Tout est alors prêt pour un final de haute volée où le combat avec Apollo restera comme l'un des plus beaux de tous. On referme ensuite la parenthèse du drame intimiste pour devenir bien plus fun et représentatif d'une époque changeante avec les deux autres volets.

 

 

- ROCKY III, L'OEIL DU TIGRE (1982) de Sylvester Stallone

Le virage vers cette période un peu outrancière est pris ici, dans le duel avec Clubber Lang. Cette fois, c'est l'embourgeoisement du boxeur qui est exposé. Balboa n'a plus cette rage au fond de lui, celle qui lui a fait devenir un grand boxeur. Il va se faire laminer par Clubber Lang (Mister T, impressionnant) et va donc devoir avouer sa trouille à la femme qu'il aime afin d'avancer et de retrouver "l'oeil du tigre" grâce à Creed qui est devenu son ami et entraîneur, après la disparition de Mickey. Ce troisième opus est tout simplement mythique. La musique de Survivor, Mister T, les séquences d'entraînement (une publicité de fitness géante), cette fameuse expression de l'oeil du tigre, cette merveilleuse séquence où Adrian remonte le moral de Rocky et ce combat final, incroyable de puissance. Le film est court, chargé à un rythme d'enfer et reste le plus léger de tous. Un spectacle fun et merveilleusement manichéen.

 

 

- ROCKY IV (1985) de Sylvester Stallone

Rocky devient une propagande à lui tout seul. Celle de l'anti-communisme et de l'idéologie. Ce quatrième volet est quasiment expérimental, coincé entre le drame (la mort d'Apollo), sa géopolitique réelle (la guerre froide) et enfin la culture télévisuelle MTV où tout devient clippesque au montage haché et rythmé par la musique. Un drôle de film où sort l'un des plus grands méchants des années 80 : Ivan Drago, personnage monolithique incarné à la perfection par Dolph Lundgren. C'est le plus gros succès de la saga, l'un des plus aimés des fans. Oui, c'est le plus simple, le plus basique aussi, le méchant est vraiment méchant, la victoire finale est héroïque, oui ROCKY 4 est binaire, plus facilement assimilable. Pourtant, force est d'avouer qu'il est loin d'être le plus réussi, la faute à une deuxième partie où les musiques s'enchaînent sans cohérence, où l'histoire devient secondaire au profit d'un style un peu approximatif. Les scènes où Rocky s'entraîne dans la neige sont sympathiques mais la propagande finale, réalisé avec un premier degrés assumé, ressemble à une mauvaise blague.

 

 

- ROCKY 5 (1990) de John G.Avildsen

Bon, on est à peu prés tous d'accord, ce cinquième volet est le vilain petit canard de la saga. Oui, c'est vrai c'est le plus faible, le moins enjoué, le moins bien réalisé (beaucoup de fautes de goût dans la mise en scène). De plus, l'argument pour faire revenir Rocky à Philadelphie semble un peu farfelue (pseudo histoire d'arnaque impliquant Mickey). Bref, le tout est confus. Reste ces moments intimes entre Rocky et son fils où une distance s'installe à cause de la trop grande proximité de l'Etalon Italien avec Tommy Gunn, jeune espoir de la boxe que Rocky va entraîner. A travers lui, il revit ses années de boxeurs (superbe scène où il boxe en même temps que son poulain alors qu'il est derrière la télé), retrouve un second souffle après être retombé dans sa ville natale. L'homme blessé sauvé par une femme, Adrian. Le combat de rue final reste plus qu'un simple combat d'hommes : c'est l'ancienne boxe qui tue la boxe-business. L'un des points importants du film c'est bien celui-là, le changement de statut d'un sport qui fonctionne comme une gigantesque usine, dirigé par des financiers peu scrupuleux. Pas si mauvais finalement ce cinquième volet !

 

 

- ROCKY BALBOA (2007) de Sylvester Stallone

Merveilleux chant du cygne que ce sixième volet. Balboa est vieux, seul et prisonnier de son passé. D'une beauté infinie, le film est celui de la mélancolie. Tout est derrière lui désormais et il ne revit la boxe qu'à travers les histoires qu'il raconte à ses clients dans son restaurant. Et aussi par la tournée annuelle qu'il fait en l'hommage de sa femme, Adrian, qui est morte. La patinoire détruite, son ancienne maison, cette chaise qu'il cale dans un arbre prés de sa tombe. Sly nous percute à chaque fois grâce à la force de son jeu qui n'a jamais été aussi poignant. Sa relation d'amitié avec Marie, la fille à qui il remontait les bretelles dans le premier volet, est belle, pudique et douce. A la différence, celle avec son fils est plus rude, ce dernier pensant vivre dans l'ombre de son père célèbre. Chaque scène fait mouche, chaque scène contient son lot d'émotions fortes. Même l'antagoniste est un prisonnier du système, un représentant d'une boxe qui ne fournit plus de vrai champion. Rocky se bat pour lui, pour exposer une dernière fois sa rage, pour sortir ce qu'il a au plus profond de lui-même. Ce sixième volet est triste mais redoutable et pose définitivement cette saga, d'une richesse inouïe, comme l'une des plus grandes de l'Histoire du cinéma. Rien de moins.

GRANDES SAGAS ET TRILOGIES : ROCKY
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